Shetland du Sud

Nous vous proposons ci-dessous, une série d’articles sur les îles Shetland du Sud. Partez à la découverte de Deception Island, l’île du Roi George et ses bases scientifiques, Yankee Harbour, Half Noon…


 

Livre « Antarctique voyage en péninsule »

C’est avec un immense plaisir que nous vous annonçons la sortie de notre livre « Antarctique, voyage en péninsule » !

Il aura fallu près de deux ans de travail, pour que les 128 pages de cet ouvrage commun consacré à la péninsule Antarctique et aux îles Shetland du Sud, voient enfin le jour.

Fruit d’un travail collaboratif, ce livre-photos a été réalisé à huit, tous guides habitués des voyages polaires et avant tout amis. Destiné à vous faire voyager en péninsule Antarctique comme si vous y étiez, il vous emmènera de la Terre de Feu jusqu’au continent blanc après avoir franchi le passage de Drake. A l’aide de photographies, nous avons souhaité dresser un portrait des plus beaux sites de cette région du monde, tout en évoquant leur histoire, la faune et la flore que l’on y rencontre, et bien sûr les glaces…

Merci à Alain, Sophie, Petra, José, Nicolas et surtout Raphaël, coordinateur du projet, pour ce travail d’équipe passionnant, qui se concrétise enfin !

► Informations techniques et commande dans la rubrique Boutique.

Deception Island

A 120 km au Nord de la péninsule antarctique, se trouve un archipel d’îles appelé les Shetland du Sud. S’étendant sur plus de 500 km de long, cet archipel est la fin de la cordillère des Andes, disparaissant sous la mer à l’extrême Sud de la Patagonie.
La plus connue des îles des Shetland du Sud, est Deception Island située à 62° de latitude Sud (voir sur une carte).

Deception Island est bien souvent traduit en français par « île de la Déception ». La traduction exacte est cependant « île de la tromperie ». D’apparence parfaitement ronde de l’extérieur, elle possède en fait une entrée maritime qui fut trouvée par les baleiniers américains en 1820. Si dans un premier temps ils furent trompés par son apparence impénétrable, ils finirent cependant par en trouver l’entrée…

En son centre, se trouve une dépression remplie d’eau de mer, provoquée par l’effondrement de la partie centrale d’un volcan, consécutif au fait que la chambre magmatique sous-jacente a été en partie vidée par des éruptions. Cette caldeira, d’un diamètre interne de 9 kilomètres, est caractérisée par une partie effondrée sur sa face Sud, appelée le Soufflet de Neptune. Cet étroit passage d’à peine 230 m de large, a permis au début du 19ème siècle aux chasseurs de phoques, d’y trouver refuge avec leurs navires.
Une société de chasse à la baleine y établit en 1906 une base pour son navire usine. En 1914, 13 navires occupaient également l’île ! Ces navires usines extrayaient directement à bord l’huile à partir de la graisse des baleines. La base qui fut installée dans la caldeira, ne servit qu’à améliorer le rendement en traitant également la graisse, mais avec de meilleurs outillages. En 1931, la chasse n’étant plus rentable, la station baleinière fut abandonnée. C’est en 1969, qu’une éruption volcanique recouvrit de cendres une grande partie des installations. Il ne reste actuellement en guise de vestiges, que quelques bâtiments de vie et ateliers, des réservoirs de stockage, ainsi que les bouilleurs de graisse de baleine.

Cette éruption de 1969, détruisit également une base installée par les anglais dans le cadre de l’opération secrète Tabarin. Les bases chiliennes Pedro Aguirre Cerda et Gutierrez Vargas furent elles aussi détruites et de nos jours, deux bases scientifiques sont présentes et ouvertes : Gabriel de Castilla pour l’Espagne et Decepción Station pour l’Argentine.

Au niveau de la faune, l’intérieur de la caldeira n’est peuplée d’aucune colonie d’oiseau, sans doute en raison des caractéristiques physico-chimiques de l’eau ainsi que de sa température, influencées par l’activité volcanique. A l’extérieur de l’île cependant, à Baily Head, se trouve la plus grande colonie de manchots de la région. Imaginez un amphithéâtre de cendres volcaniques noires, parsemé ça et là de mousses vertes-orangées et rajoutez plusieurs dizaines de milliers de couples de manchots à jugulaire… Vous obtenez alors un spectacle surréel !

Baily Head

Poser le pied à Baily Head est toujours un peu délicat en raison de la forte houle. Mais si les conditions sont bonnes, le spectacle est assez unique et vaut la peine d’être vu ! Le premier contact, est une plage de sable noir mélangé à des cendres volcaniques, théâtre de vas et viens incessants entre la mer et la colonie pour des milliers de manchots à jugulaire. Juste là, se trouve également un colossal rocher de 168 mètres de haut, marquant le point le plus au Sud de l’île Deception. Au pied de ce rocher, commence donc une plage de 7,2 kilomètres de long, bordant le détroit de Bransfield. Par beau temps, les montagnes de la péninsule antarctique se dessinent au loin. C’est un peu plus en arrière de la plage, que se trouve dans un amphithéâtre de lave, une colonie de manchots à jugulaire d’environ 50 400 couples (étude menée en 2011) ! L’endroit est tout simplement magique avec des contrastes de couleur saisissants ; sol foncé dû à la lave et aux cendres volcaniques, petits tapis verts/orangés de lichen ça et là, manchots noirs et blancs, neige sur les hauteurs de l’île et glaces noircies par les cendres, par-dessus ça rajoutez un peu de ciel bleu…

L’ile du Roi George et ses bases

L’île du Roi George (King George Island) se situe dans les Shetlands du Sud, séparée d’une bonne centaine de kilomètres de la péninsule antarctique, par le Détroit de Bransfield. C’est sur cette île de 80 km de long pour 30 de large, nommée ainsi en l’honneur du Roi d’Angleterre George III, que se trouve une quinzaine de bases scientifiques. Mais pourquoi tant de bases sur une si petite surface ? A l’époque de la signature du traité sur l’Antarctique, il fallait que toute nation souhaitant signer ce traité puisse justifier d’une présence et d’activités en Antarctique. Pourquoi s’installer ici et pas ailleurs ? Tout simplement car les Shetlands du Sud se situent à moins de 1 000 km de la pointe de l’Amérique du Sud, soit la distance la plus courte entre un continent et l’Antarctique. L’accès est donc rapide ; 2 jours par la mer depuis l’Argentine ou 2 heures en avion depuis le Chili. Si de nos jours la plupart des bases ne servent qu’à affirmer une présence sur le grand continent blanc, certaines cependant effectuent des travaux de recherche conséquents. Les nations ayant des bases sur l’île du Roi George sont la Russie, la Pologne, le Brésil, le Chili, l’Argentine, la Colombie, l’Equateur, la Corée du Sud, la Chine, le Pérou et l’Uruguay.

On a fini chez Hannah

Voilà, c’est Hannah qui nous a accueilli la dernière pour achever cette saison antarctique. Après des premiers jours maussades avec beaucoup de neige, du vent, un temps très couvert et du froid, la météo d’il y a deux jours a été plus que parfaite avec pas moins de 11°C ! L’absence totale de vent conjuguée à un soleil radieux, nous a permis de finir en beauté ce dernier périple. Hannah Point, du nom d’un navire de chasse aux phoques qui s’est échoué ici en décembre 1820, se trouve au sud-est de l’île Livingston, dans les Shetlands du Sud.
Cette zone volcanique par excellence est caractérisée par une importante biodiversité. En effet, éléphants de mer, otaries à fourrure, pétrels géants, manchots papou et à jugulaire, et bien d’autres, se côtoient dans cet espace minéral parsemé de mousses. C’est en remontant mon zodiac avec la grue et en regardant autour de moi, que j’ai réalisé, suspendu au-dessus de l’eau, que cette fois-ci, c’était bel et bien fini ! Cette dernière remontée du passage de Drake en direction d’Ushuaia, nous laisse une fois de plus, un peu le goût du sel sur les lèvres. C’est à peine fini et j’ai l’impression que ces quatre mois n’ont été qu’un rêve. Si c’est vraiment le cas, alors je voudrai rêver toujours… Dans quatre jours je serai de nouveau dans l’autre hémisphère, la saison antarctique se termine ainsi, ce fût un plaisir de la partager sur ces pages !