Terre de la Reine Maud

Nous vous proposons ci-dessous, une série d’article sur la Terre de la Reine Maud en Antarctique…

Ilyushin IL-76

Après six heures de vol toujours à bord de ce gros porteur russe qu’est l’Ilyushin, me revoici à Cape Town. J’ai préféré abréger mon séjour en Terre de la Reine Maud, car des retards dans les avions auraient pu me faire rater mon vol pour la péninsule antarctique début décembre, j’ai donc voulu assurer mes arrières… Inutile de répéter que les retours de séjours sur le terrain sont toujours aussi agréables avec fruits frais au petit déjeuner, longue douche, nuit dans des draps… Mais surtout la furieuse envie d’y retourner !
Paul, Stéphane, Patrick et Jenna sont donc seuls au camp, les clients étant partis sur le même vol que moi. Ce lundi 24 novembre a d’ailleurs été décrété « day off » à Whichaway Camp, c’est à dire repos. Les jours suivants seront consacrés au nettoyage du camp et aux préparatifs des activités pour le prochain groupe qui arrivera le 1er décembre.
Ce retour « sur Terre » est aussi l’occasion pour moi, de retrouver ce formidable outil de partage qu’est internet. Vous pourrez donc trouver sur cette page, quelques images de la Terre de la Reine Maud.

L’ilyushin IL-76 a été mis en service en 1974. Le cahier des charges à l’origine de cet appareil exigeait la capacité de transporter une charge utile de 40 tonnes sur 5 000 km en moins de 6 heures, d’opérer sur des pistes courtes et/ou non préparées et dans des conditions climatiques extrêmes (Sibérie et Extrême-Orient soviétique). Pas étonnant donc de le voir à présent opérer en Antarctique…

Le mont Holtanna

Quand l’Antarctique ne veut pas, inutile d’insister. Avant-hier, malgré un grand soleil dans notre petit coin glacé, le beau temps n’a pas voulu être au rendez-vous du coté de la mer de Weddell et de la base Neumayer, notre destination tant attendue. Impossible donc de faire atterrir le DC3 et de pouvoir s’approcher des manchots empereurs comme prévu. Du coup, le programme a été modifié et nous sommes partis plus à l’intérieur des terres gelées. Après 45 min de vol, nous voici posés au pied d’une des plus grandes et difficiles parois au monde, celle de l’Holtanna, selon les dires avisés de Stéphane, notre guide de haute montagne. Autant j’ai été très déçu de ne pouvoir, pour cause de météo défavorable, saluer les manchots empereurs qui me sont si chers, autant nous fûmes saisis par le site grandiose et d’envergure qui s’imposait à nous. Imaginez-vous à 1 900 m d’altitude ; devant vous surgissent des entrailles du continent, perforant la calotte glaciaire, deux énormes falaises aux parois lisses d’une verticalité affichant 1 000 m ! Gigantesque, impérial !

Nous avons rencontré là une expédition de militaires français préparant l’ascension de glace, et une autre de quatre allemands dont deux déjà en paroi et seulement à mi-chemin après quatre jours de progression. Selon la rumeur, Ulvetanna (2 907 m d’altitude) et Holtanna (2 880 m), sont considérées aujourd’hui comme les falaises faisant rêver bon nombre d’alpinistes. Nous nous sommes contentés du plancher des vaches, même si ce ruminant est difficile à voir ici ! pour dresser un petit camp afin de passer la nuit au pied des falaises, nous permettant ainsi le lendemain de faire du ski et de la marche. La nuit a été glaciale, c’est le moins qu’on puisse dire, avec -23°C dans ma tente et aux alentours de -30°C dehors ! Après une nuit difficile où le froid s’est amusé à me réveiller souvent, il m’a fallu sur le matin faire dégeler mon duvet ainsi que mon tapis isolant gelés dans le sol. L’avion est revenu en fin de journée nous récupérer mais avec deux heures de retard dû au sauvetage d’un aventurier autrichien parti traverser l’Antarctique en ski : après être tombé à deux reprises dans des crevasses, sauvé par le seul poids de son traîneau qui a eu la bonne idée de rester, lui, en surface, il a dû abandonner en raison de problèmes familiaux chez lui. Bref, nous voici de retour à notre camp principal depuis hier soir, après un second sauna chez les russes (base voisine) et surtout une excellente nuit.

Ce ne furent pas les empereurs, certes : vu le cadeau qu’ils m’ont fait souvent de me compter parmi eux, je ne leur en veux pas, un peu égoïstement peut-être, d’avoir gardé leurs secrets… mais ce fut impérial…

Antarctique en vue

Voici quelques nouvelles de Whichaway Camp en Terre de la Reine Maud. Mais avant tout je vous informe que devant le coût des communications satellite, et le fait de n’avoir qu’un ordinateur relié à internet pour cinq personnes, je ne publierai que ce genre de nouvelles, écrites hâtivement et sans recherche particulière de style.

Samedi 1er novembre : atterrissage de l’avion russe près de la base Novolazarevskaya à 4h30 du matin. Le choc thermique a été énorme puisqu’il faisait très chaud dans l’avion (d’ailleurs nous nous sommes changés pendant le vol) et sur la piste la température était de -22°C avec un peu de vent. La porte arrière a ensuite été ouverte et tout le monde a déchargé le matériel. Quand je dis tout le monde, c’est nous, ainsi que des Allemands en partance pour la base de Neumayer, des Russes de ALCI (compagnie privée qui nous a acheminé ici et assure la logistique de la base russe et indienne), un Allemand et un Autrichien qui partaient faire la traversée d’une partie de l’Antarctique à skis et une autre personne faisant la même chose mais seule. A l’aide de nos deux ski-doo embarqués dans l’avion, nous avons emporté notre matériel jusqu’à notre camp qui se trouve à 20 minutes de la piste d’aviation. Nos tentes ont été montées ainsi qu’une autre, provisoire, pour y préparer les repas. Nous avons travaillé jusqu’à 19h00 nous arrêtant seulement à midi pour manger. J’avais tellement froid le soir dans ma tente (-10°C sans doute) et j’étais tellement fatigué que je me suis couché dans mon duvet en enlevant seulement mon pantalon, mes bottes et ma veste. Je n’ai pas vraiment réussi à dormir…

Mardi 4 novembre : après quatre jours de travail, une des deux grandes tentes principales est enfin installée. A l’intérieur, se trouve, le bureau du staff avec le téléphone satellite, les ordinateurs, et les radios VHF, mais également la grande cuisine de Jenna notre chef qui nous prépare d’excellents plats. Jenna a 24 ans, elle est sud africaine, et c’est la seule femme de l’équipe. Diplômée de la plus prestigieuse école hôtelière de Cape Town, elle s’occupe d’acheter la nourriture pour la saison ainsi que de préparer les repas. Cette tente principale (au milieu se trouve un énorme poêle) dont il a fallu dans un premier temps refaire, avec du parquet, la plate-forme sur laquelle elle repose, sera reliée par un tunnel à une seconde, en cours de construction. Dans celle-ci se trouvera la salle de détente, la salle à manger, la bibliothèque et le bar pour les clients qui arriveront le 11 novembre. Les toilettes sont également opérationnelles : il s’agit d’une tente, avec une « pissotière » donnant dans un bidon et d’une cuvette donnant dans un sac poubelle. Nos excréments sont ainsi gelés par le froid, rapportés aux Russes, puis incinérés. Quand à la douche, ça n’est pas prévu pour le moment, donc pas de vraie toilette possible depuis quatre jours et au moins pour encore la même durée ! Niveau météo, le vent d’hier s’est vraiment intensifié dans la soirée, et atteint actuellement les 100 km/h en rafale, ce qui rend tout travail à l’extérieur impossible et notamment la fin de la pose du parquet. Avant hier, nous avons eu la visite d’un Manchot Adélie et de deux Skua antarctiques, que nous avons d’ailleurs revus hier, avant ce qui aurait pu être un drame. En effet, alors que je travaillais avec Stéphane (guide de haute montagne de Chamonix), j’ai vu une des tentes des clients s’envoler, et partir à une visite hallucinante sur le glacier. Nous avons couru pour la rattraper, mais la glace vive du glacier était impraticable pour nos bottes sans crampons adaptés à la marche sur glace. C’est finalement Paul et Patrick qui ont réussi à la rattraper à l’aide d’un des deux ski-doo. Ne pouvant pas travailler à l’extérieur aujourd’hui en raison du vent et de la neige, nous avons agencé la cuisine de Jenna, rangé la nourriture, monté des étagères, et fini d’installer le téléphone satellite et son antenne, les radios VHF et leur émetteur. Pour le moment l’équipe s’entend très bien, les repas sont l’occasion de plaisanter entre nous, de se moquer de nos accents respectifs (Jenna, Sud Africaine – Patrick, Anglais – Paul, Québécois – Stéphane et moi, Français), de parler des élections aux USA, de la crise… Mais là désolé ! Jenna nous a préparé du pop corn pour l’apéritif et du vin rouge, je ne connais pas la suite du repas, mais hier soir ses cannellonis au bœuf faites maison étaient comment dire… EXCELLENTES !

Whichaway Camp en Terre de la Reine Maud

Whichaway camp en Terre de la Reine Maud - Whichaway camp in Queen Maud LandEt bien voilà, je m’envole ce soir à 23h00 pour l’Antarctique à bord d’un gros porteur russe, appelé Iljushin. On devrait atterrir demain matin à 4h00 en Terre de la Reine Maud, près des bases russe Novolazarevskaya et indienne Maitri. Nous allons installer notre camp au pied d’une chaîne de montagne pendant une dizaine de jours, avant de recevoir les premières personnes le 10 novembre. Concernant les mauvaises nouvelles, je sais d’ores et déjà que je ne pourrai pas envoyer de photo pour alimenter ce blog, il n’y aura donc que du texte. J’en publierai certaines à mon retour !