Grand Nord – Arctique

Découvrez ci-dessous une série d’articles sur l’Arctique. Partez vers le Spitzberg, le Groenland, l’arctique russe et canadien…

Désert de pierres de la Terre du Nord

Lors de notre voyage en arctique russe via la Route Maritime du Nord ou passage du Nord-Est, nous avons visité l’archipel de la Terre du Nord (Severnaya Zemlya en russe). Cet archipel comprend quatre grandes îles (Révolution d’Octobre, Bolchévique, Komsomolets et Pionnier) et une cinquantaine de taille secondaire. Situé à une soixantaine de kilomètres au nord du cap Chelyuskin, le point le plus septentrional du continent eurasiatique, l’archipel de la Terre du Nord compte les toutes dernières grandes terres découvertes par l’homme. C’est l’Arctic Ocean Hydrographic Expedition, dirigée par Boris Vilkitsky et composée des brises-glace Vaïgach et Taimyr, qui découvrit l’archipel en septembre 1913. Baptisée alors Terre de l’Empereur Nicolas II, l’archipel fut renommé en 1926 Severnaya Zemlya. Il y a moins d’un siècle, ces terres n’étaient toujours pas complètement cartographiées et explorées. Il faut dire que le détroit de Vilkitsky, qui sépare la péninsule de Taïmyr de la Terre du Nord, est l’un des passages maritimes les plus complexes à entreprendre en raison de la banquise. Des brises-glace russes y sont d’ailleurs régulièrement stationnés en été pour aider tout navire qui demanderait assistance.

Les quatre plus grandes îles de l’archipel sont toutes caractérisées par la présence de calottes polaires, dont celle de l’Académie des Sciences située sur l’île Komsomolets, qui est la plus grande étendue glaciaire terrestre de la Russie, s’étendant sur plus de 5000 km² et d’une épaisseur de plus de 800 mètres. Du fait de la présence de ces glaciers, la Terre du Nord est un important émissaire d’icebergs, y compris d’icebergs tabulaires venant de plateformes glaciaires, généralement rares en Arctique.

Notre découverte de cette Terre du Nord fut accompagnée de beaux moments d’émotions devant ces immenses glaciers, ces paysages polaires et ces lumières si particulières au Grand Nord. Mais ce furent sans doute les déserts polaires que nous avons foulés ici qui nous ont le plus marqués. De véritables déserts de pierres, sur lesquels survivent principalement lichens et mousses, mais aussi quelques plantes à fleurs comme le pavot arctique, qui s’y accrochent avec bravoure. Nous réalisions la chance qui nous était offerte de fouler des terres que si peu de personnes ont au mieux aperçues. Des îles encore moins visitées que l’Antarctique, loin des routes touristiques habituelles et que le brouillard, le vent, les glaces et la complexité de la bureaucratie russe, portent loin des regards du monde. Nous ne savions plus où regarder, comment cadrer nos photos : vues paysagères, formes géométriques, détails de roches décorées de lichens… Et ou mettre les pieds… A chaque pas dans ce désert polaire, nous nous disions que personne n’avait sans doute encore emprunté notre chemin. C’en était presque gênant de déplacer les pierres sur lesquelles nous marchions. Nous avions l’impression de déranger dans ce monde immuable et silencieux, dans ce dédale de pierres découpées par le gel, sculptées et ordonnées par le vent. Notre esprit était contemplatif mais nos pas semblaient lourds. Nous nous demandions si nous ne devions pas remettre ces pierres à l’endroit précis où elles étaient avant notre passage, elles qui n’avaient probablement pas bougé depuis des centaines voire des milliers d’années…

 

Histoire naturelle de l’île Wrangel

L’île Wrangel est située à près de 500 km au nord du cercle polaire Arctique, un peu plus de 600 km au nord-ouest du détroit de Béring, et environ 150 km au nord de la côte de la Tchoukotka en Russie. Il y a plus de 10000 ans, Wrangel n’était pas encore une île puisque celle-ci faisait partie intégrante du vaste « pont terrestre », appelé Béringie, qui reliait l’Alaska et la Sibérie orientale. Lors de la fonte des grandes calottes glaciaires du Nord de l’Amérique, le niveau des océans s’éleva de plus de 100 m, recouvrant une grande partie de la Béringie, et créant le détroit de Béring. Une petite portion de terre resta immergée au nord-ouest de celui-ci : l’île Wrangel.
Wrangel est l’une des rares terres du Grand Nord qui ne fut pas recouverte par une calotte glaciaire lors de la glaciation qui toucha la majeure partie de l’Arctique durant le Quaternaire. De plus, l’île ne fut jamais entièrement recouverte par les eaux lors des périodes de retrait des grandes calottes polaires. Par conséquent, le milieu naturel de l’ile et son évolution ne furent pas interrompu. Ces paysages, son écosystème et sa biodiversité sont donc uniques.

Plus de la moitié de l’île est caractérisée par de vastes plaines de toundra sèche et humide, notamment dans sa partie nord avec la région de la « toundra Academy ». Au-delà s’étend un paysage collinéen au relief très arrondi s’élevant jusqu’à 350 m d’altitude, mais également une zone alpine érodée dépassant 1000 m d’altitude dans la partie centrale de l’île. Les deux plus haut sommets, le mont Sovetskaya et le mont Visokaya culminent à 1093 et 1007 m. Ce relief est entrecoupé de nombreuses vallées, elles mêmes créées par un vaste réseaux de rivières. 1 400 d’entre elles s’écoulent sur plus d’1 km, dont 5 sur plus de 50 km. A ce vaste réseau hydraulique s’ajoute le nombre impressionnant de 900 lacs.

Les eaux bordant l’île sont peu profondes, à tel point que par endroits il y a moins de 10 m de profondeur à plus de 5 km de la côte ! Une grande partie de l’année, l’île Wrangel est intégralement cernée par la banquise et il est parfois difficile de l’approcher même à la fin du mois de juillet.

Le climat est de type polaire avec des hivers très froids et des été frais. La température minimale moyenne en hiver est de -28°C et la température maximale moyenne en été de 5°C. Ces températures peuvent considérablement varier entre la côte et l’intérieur de l’île, les collines et les vallées à l’abri du vent et de l’humidité créant des micro-climats aux conditions parfois plus clémentes.

Son histoire géologique et son climat, font donc de Wrangel l’île à la plus haute biodiversité dans le haut Arctique.

Concernant sa flore, 417 espèces et sous-espèces de plantes vasculaires (dont 23 endémiques), 330 espèces de mousses et 310 espèces de lichens ont été à ce jour recensées. Une telle diversité de plantes et d’endémisme ne se retrouve pas ailleurs dans l’Arctique. De plus, du fait d’une évolution ininterrompue par la glaciation ou la montée des eaux, le couvert végétal des vallées intérieures offre un aperçu de la toundra telle qu’elle existait déjà il y a plus de 10 000 ans.

Pour ce qui est de la faune, et en commençant par les plus petits – les invertébrés – citons les 31 espèces d’araignées, 58 espèces de coléoptères et 42 espèces de papillons répertoriées, ce qui est considérablement plus que dans tout autre milieu naturel de toundra dans l’Arctique.
Chez les vertébrés ailés, 62 espèces d’oiseaux viennent nicher chaque année à Wrangel, dont certaines pour lesquelles l’île représente le site de reproduction le plus septentrional. Parmi les espèces emblématiques qui y nichent, citons l’oie des neiges qui compose ici la plus grande colonie en Asie, avec 108 000 nids au cours de l’été 2015, un record ! Également le harfang des neiges, dont le nombre de nid est proche des 200 lors des bonnes années à lemmings. Les mammifères sont eux aussi bien représentés avec là encore des espèces mythiques du Grand Nord, tel l’ours polaire pour lequel historiquement les îles Wrangel et Herald (sa petite voisine), représentent une des plus hautes densités de tanières en Arctique. Dans les années 1990, plus de 300 tanières étaient ainsi dénombrées, mais ce nombre a depuis nettement diminué. De nombreux ours polaires viennent à terre en été lorsque la banquise commence à disparaître; il est ainsi parfois possible d’observer à distance pas moins d’une trentaine d’ours dans une seule journée ! Le renard arctique est également présent (environ 200 terriers), largement dépendant de la population des deux espèces de lemmings qui peuplent l’île. Le bœuf musqué est lui aussi l’un des sédentaires de Wrangel. Non natif, il a été réintroduit en 1975 et la population est de nos jours estimée à 800 individus. Le renne fut également introduit dans les années trente pour l’élevage, mais après l’arrêt de cette activité les animaux sont devenus sauvages.
Enfin, les mammifères marins sont également présents : une importante concentration de morses fréquentent Wrangel que se soit sur la banquise ou sur la terre ferme. Les eaux peu profondes bordant l’île sont également propices pour le phoque annelé, le phoque barbu et la baleine grise.

L’île Wrangel est aussi intéressante au niveau paléontologique. En effet, des restes de mammouths sont régulièrement retrouvés tels des dents ou des défenses. L’île serait d’ailleurs le dernier endroit où les mammouths auraient vécus, puisque des datations évoquent 3700 ans, d’autres seulement 2000 ans avant J.-C. ! Ces mammouths côtoyaient également le rhinocéros laineux, le cheval de Przewalski, le bison des steppes et bien d’autres espèces d’un autre temps…

La liste témoignant de la richesse de l’histoire naturelle de Wrangel et de sa place unique dans l’évolution de l’Arctique pourrait être encore longue ! Wrangel reçut un premier classement en réserve naturelle en 1976. La superficie de la réserve fut à deux reprises étendue et en juillet 2004 les îles Wrangel et Herald furent classées au patrimoine mondial de l’UNESCO.

=> Site internet de la réserve naturelle de l’île Wrangel.

Instants de Noël avec les explorateurs polaires

En cette période de fêtes de fin d’année, nous vous proposons un voyage dans le temps, aux cotés d’explorateurs polaires, afin de partager quelques instants de leur Noël. Un Noël au bout du monde, loin des familles et au retour incertain…

Joyeux Noël à toutes et à tous !

En Antarctique…

« C’est la soirée de Noël, les chiens auront double ration, mais nous n’avons plus dans la caisse des compléments qu’une unique côtelette de porc. Nous la partageons en trois très exactement et mangeons notre dîner plus silencieusement que de coutume. Quoiqu’il en soit, Noël 1951 restera dans nos mémoires comme un Noël très cher ; celui de la solitude, de la paix et de l’amitié. »
Michel Barré, Terre Adélie – Noël 1951

« Partout dans le monde un moment de réjouissance, de retrouvailles en famille et de bonheur. Ici, voici la misère, la désolation et un flot de nostalgie à devenir fou. Toute la journée, il a soufflé un vent épouvantable d’Est-Sud-Est avec son auxiliaire habituelle – de la neige qui tombe à l’horizontal – réduisant la visibilité à quelques dizaines de mètres. La soirée dernière fut désespérément terne. Borchgrevink proposa un toast aux membres de l’expédition en commença par les insulter, et lorsqu’un toast lui fut porter en retour sans aucune manière démonstrative, et pour ma part bu dans un verre vide, il s’offensa et bouda toute la journée. Avec le hurlement du blizzard à l’extérieur, l’oppression mentale et le silence intérieur, nous étions à peine joyeux, tout juste gais. Le dernier Noël était particulièrement terne, mais que dire de celui-ci. »
Louis Charles Bernacchi, Cap Adare – Noël 1899

« Qui pourrait se targuer un Noël plus agréable que le nôtre ? La banquise nous entoure, il règne un calme extraordinaire. A dix heures, nous célébrons l’office et chantons des cantiques. Le repas, constitué de mouton frais, est servi aux hommes d’équipage. Pourquoi n’a-t-on pas jugé la viande de manchot digne d’un repas de Noël ? Nous en aurons pourtant le soir, après les toasts aux amis absents. »
Apsley Cherry-Garrard à bord du Terra Nova en mer de Ross – Noël 1910

« Jour de Noël. C’est pour moi un étrange, un épuisant Noël, avec beaucoup de neige à contempler et très peu de repos. Le vent, que nous avions en face hier, fraichît aujourd’hui et soulève la couche de neige qui nous mord au nez et au visage. Nous portons, pour tirer les luges, nos blouses coupe-vent ; si nous parvenons, en marchant, à avoir à peu près chaud, nos bras sont engourdis par le vent pénétrant, bien que nous les agitions frénétiquement. Pas question, cependant, de freiner l’équipe pour se vêtir et se dévêtir. Mieux vaut avoir trop chaud que d’occasionner des retards. Pour célébrer ce jour, nous avons droit à un léger supplément de viande de poneys au petit-déjeuner. »
Apsley Cherry-Garrard, en route vers le pôle Sud – Noël 1911

Apsley Cherry-Garrard

Apsley Cherry-Garrard

« Excellent repas préparé par Bonjon qui cuisine très bien (pâté de foie, jambon, asperges, skua et petits fois, fruits alcoolisés, et pudding au rhum). Hélas trop de boissons (champagne, punch, vin blanc et rouge, café et framboise). Harders est malade. A minuit 15, j’allume l’arbre, hélas à minuit 45, il flambe. On ouvre les paquets. »
André-Franck Liotard, Terre Adélie – Noël 1950

André Franck Liotard

André Franck Liotard

« Notre meilleure journée depuis la Porte du Sud. Notre route de la matinée est faite, comme les jours précédents, de vagues de glace, de crevasses… et des sempiternelles chutes qu’elle occasionnent. Nous nous arrêtons pour camper à six heures du soir, éreintés et les pieds glacés. C’est demain Noël. Nous songeons à la patrie et aux fêtes qu’on y célèbre en cette occasion. Nos pensées s’envolent par-delà les déserts de glace et les océans tempétueux vers ceux qui en ce moment doivent penser à nous. Nous approchons du but.
25 décembre : marche pénible et bise cinglante du sud ; le soir, dîner somptueux : du ragoût avec un morceau de viande de cheval bouillie et du pemmican, un petit pudding et du cacao, le tout arrosé d’une goutte d’eau-de-vie et d’une cuillère de crème de menthe. Nous nous sentons rassasiés. Après dîner, un rapide examen de la situation nous pousse à décréter une nouvelle diminution des rations. »
Ernest Shackleton, sur la calotte glaciaire en route vers le pôle Sud – Noël 1908

« Réveillés à onze heures du soir. La préparation d’un ragoût d’os broyés pour célébrer Noël nous prend tellement de temps que nous ne partons pas avant deux heures et demie. Pour augmenter le caractère exceptionnel du repas, je sors deux morceaux de biscuits que j’avais caché dans mon sac à dos, vestiges d’une époque heureuse, antérieure à l’accident. Mertz et moi nous souhaitons un joyeux Noël, ainsi que d’autres anniversaires heureux, le tout arrosé de soupe de chien. »
Douglas Mawson, sur la calotte glaciaire en Terre de Wilkes – Noël 1912

L’australien Sir Douglas Mawson

Douglas Mawson

En Arctique…

« Après un moment de repos, nous nous retrouvâmes au salon pour le repas de Noël. J’avais dactylographié le menu en plusieurs exemplaires. Chacun conserva le sien en souvenir de ce jour. Le voici : cornichons doux et forts, soupe aux huitres, langouste, steak d’ours, langue de bœuf, pommes de terre et petits pois, asperges à la crème, pudding, thé, gâteaux. Quand nous fûment tous assis, Bartlett sortit une bouteille de whisky, qu’il fit passer à la ronde. Il n’en versa qu’une goutte dans son verre, dans celui de Malloch et dans le mien et nous invita à l’imiter. « Camarades, je voudrais porter un toast. Levons-nous, je vous prie ! » D’un même élan, nous nous levâmes et tandis que nous brandissions nos verres, il déclara : « A ceux que nous aimons et qui sont restés là-bas ». Ce fut un moment solennel et nous restâmes silencieux plusieurs minutes, l’esprit à des milliers de kilomètres de-là. »
William Laird McKinlay, à bord du Karluk pris dans les glaces de l’océan Arctique – Noël 1913

« Un radieux clair de lune illumine la silencieuse nuit arctique… A l’approche du grand jour de Noël, notre petit monde est de plus en plus gai. Chacun songe évidemment aux absents, mais personne ne laisse deviner ses soucis. Faire abondance, c’est pour nous la seule manière de fêter les solennités. Le dîner est excellent et le souper non moins exquis. Le « clou » de la fête est l’arrivée de boites contenant les cadeaux de Noël, présents de la mère de la fiancée de Hansen. C’est avec une véritable joie d’enfant que chacun reçoit son petit souvenir : une pipe, un couteau ou une autre bagatelle de ce genre. Il semble que ces caisses soient un message de tous les chers absents. Après cela, une série de toasts et de discours. Là-bas, au pays, très certainement ils songent aujourd’hui à nous et s’attristent à la pensée des souffrances que nous devons endurer, supposent-ils, au milieu du grand désert glacé de l’océan Arctique. Que ne peuvent-ils nous voir gais et bien portants ! A coup sûr notre vie n’est pas plus pénible que la leur. Jamais je n’ai mené une existence aussi douce et jamais je n’ai autant redouté l’embonpoint. »
Fridtjof Nansen, à bord du Fram pris dans les glaces de l’océan Arctique – Noël 1893

« Encore un Noël passé loin des nôtres. Dans cette épreuve, je suis soutenu par l’espérance. Après de longs jours d’incertitude, j’entrevois le succès, la fin de la nuit noire. Si la vie de l’explorateur est pénible et faite de désappointements, elle a aussi de belles heures, lorsque par une volonté inébranlable il réussit à triompher de tous les obstacles, et lorsque sa persévérance lui permet d’entrevoir le triomphe final. La veillée de la Noël a été célébrée en grande pompe. Pour la circonstance, avec la collaboration de Blessing, j’ai fabriqué un nouveau cru, « le Champagne du 83° de latitude nord », produit du jus généreux de la ronce faux-mûrier, le noble fruit des régions boréales et arctiques. Et, pendant ce temps, souffle toujours le bon vent. Nous avons probablement dépassé le 83°. Jusqu’ici la tourmente nous a empêché de vérifier notre position. Dans la journée, une étoile apparaît. Hansen accourt aussitôt. Nous sommes au nord du 83°20′ ; cette nouvelle augmente encore l’allégresse générale. »
Fridtjof Nansen, à bord du Fram pris dans les glaces de l’océan Arctique, à moins de 800 km du pôle Nord – Noël 1894

« Température à deux heures du soir -24°C. Quelle triste veille de Noël ! Là-bas, les cloches sonnent gaiement… Il me semble entendre leur joyeux murmure à travers l’air froid et silencieux de la campagne endormie sous la neige… On vient d’allumer les chandelles des arbres de Noël, autour les enfants dansent leurs rondes joyeuses… Quand je serai revenu, je donnerai une matinée d’enfants…
Là-bas, aujourd’hui, c’est la fête, même dans les plus humbles chaumières. Et nous aussi nous voulons célébrer ce grand jour. Nous nous sommes débarbouillés dans une tasse d’eau chaude, et avons ensuite fait un bout de toilette. Nous avons retourné nos chemises et mis des caleçons propres. Après cela, nous avons l’impression d’avoir changé de peau. Le menu se compose d’un gratin de poisson et de farine de maïs, cuit dans l’huile de morse ; pour dessert, du pain frit dans cette même huile. Demain matin, à déjeuner, nous aurons du chocolat et du pain.
25 décembre : un temps de Noël superbe, pas de vent. Une lumière éblouissante dans le silence solennel de l’éternité. Pour fêter ce jour de paix et de joie, l’aurore boréale lance le plus merveilleux feu d’artifice. … Maintenant, voici l’heure des dîners de famille. Je vois le grand-père, toujours solennel, accueillant, le sourire aux lèvres, ses enfants et ses petits-enfants. Au dehors, la neige met sa ouate immaculée sur les bruits du monde. En arrivant, les enfants secouent bruyamment leurs souliers, suspendent leurs paletots, et entrent dans le salon chaud et éblouissant de lumière. Une agréable senteur sort de la cuisine ; dans la salle à manger, la table est garnie de friandises et de vins généreux. Tout cela laisse une impression de joie et de bien-être ! Patience, patience ! vienne seulement l’été ; nous aurons aussi notre part de joie… La marche à l’étoile est longue et difficile. »
Fridtjof Nansen, en Terre François Joseph (arctique russe) – Noël 1895

L’explorateur norvégien Fridtjof Nansen

Fridtjof Nansen

L’ours funambule de la mer d’Okhotsk

Juin 2012, pour la première fois un navire de croisière expédition se rend en mer d’Okhotsk, à l’extrême est de la Russie. Le 18 en soirée, avec des conditions météorologiques idéales, décision est prise d’explorer la côte en péninsule de Koni à environ 130 km de la ville de Magadan et des îles Yamskie.
A l’approche de l’entrée de la baie Astronomie, un ours brun est repéré longeant la plage de galets. Au fur et à mesure que l’animal avance, la plage est de plus en plus étroite, tant et si bien qu’au bout d’une vingtaine de mètres, le seigneur de la taïga n’a d’autre choix que d’escalader le névé qui le sépare de la forêt. Une fois en haut, il s’arrête, nous lance un regard, continue quelques mètres et finit par disparaitre derrière une crête

Le 23 novembre dernier, les membres du jury du concours photo du festival de Montier-en-Der, ont attribué le Prix mammifères sauvages de pleine nature à cet ours brun. Merci à eux d’avoir salué ce « funambule » et au-delà, cette fabuleuse région qu’est l’Extrême-Orient russe !

L’épave de l’Erebus retrouvée en Arctique

Le 9 septembre dernier, les autorités canadiennes annonçaient la découverte de l’épave de l’un des deux navires de la Royal Navy, l’Erebus et le Terror, disparus en 1845 lors d’une énième tentative de recherche du passage du Nord-Ouest. Il y a quelques jours, ces mêmes autorités précisaient que l’épave retrouvée était celle de l’Erebus.
Sorti d’un chantier naval du sud du Pays de Galles en 1826, l’Erebus fut baptisé en référence au monde souterrain appelé Hades dans la mythologie grecque. Ce monde était divisé en deux régions dont l’érèbe, où passaient les morts juste après leur décès.
Le navire (de type « bombarde ») à fond plat, était spécialement destiné à porter des mortiers et à lancer des bombes sur de courtes distances. C’était un trois-mâts mesurant 32m de long et 8,8m de large. Après avoir servi deux années en mer Méditerranée, l’Erebus fût adapté à la navigation polaire. La première expédition à laquelle il participa, avec à ses cotés le Terror, avait pour but d’atteindre le pôle sud magnétique. Celle-ci, dirigée par James Clark Ross, partit de Londres en octobre 1839 et se rendit en Tasmanie après avoir fait escale aux îles Kerguelen et Crozet. Depuis la Tasmanie, les deux navires mirent le cap vers l’Antarctique et s’arrêtèrent en route aux îles Auckland et Campbell. Le 1er janvier 1841, le cercle polaire antarctique fut franchi, et quatre jours plus tard l’expédition entra dans la mer de Ross. A cette occasion, le volcan Erebus fut nommé en hommage au navire commandé par James Clark Ross. Devant l’impossibilité de franchir la grande barrière de glace de Ross, les deux bâtiments mirent le cap sur la Tasmanie. Ils revinrent l’été suivant, mais il fallait se rendre à l’évidence, le pôle sud magnétique se trouvait bien plus au sud que les navires ne purent aller. James Clark Ross fit donc route vers le cap Horn, puis les îles Malouines où l’expédition passa cinq mois. En décembre 1842, l’Erebus et le Terror mirent le cap vers la mer de Weddell, afin de poursuivre les travaux de James Weddell. La banquise leur barrant la route, les navires partirent alors vers l’île Bouvet sans la trouver, firent escale à Cape Town puis aux îles Saint-Hélène et Ascension, avant de rentrer en Angleterre en septembre 1843, quatre années après le départ.

Deux ans plus tard, l’Amirauté britannique décida d’organiser une nouvelle expédition, afin de chercher un passage entre l’Asie et l’Amérique. James Clark Ross ayant promis à son épouse de ne plus partir, c’est à John Franklin que revint le commandement de cette expédition. L’Erebus et le Terror furent alors cette fois envoyés dans l’Arctique. Après leur départ de Londres le 19 mai 1845, une escale au Groenland et un hivernage à l’île Beechey, les deux navires et les 134 hommes de l’expédition disparurent aux abords de l’île du Roi Guillaume.

Sir James Clark Ross

Sir James Clark Ross

Sir John Franklin

Sir John Franklin

Depuis 2008, le gouvernement canadien a mené six expéditions pour tenter de retrouver les deux navires de l’expédition Franklin, avant de confirmer la découverte de l’un d’entre eux en septembre dernier. Le Premier ministre canadien Stephen Harper annonçait alors « Bien que nous ne sachions pas encore s’il s’agit du navire royal Erebus ou du Terror, nous possédons assez d’informations pour confirmer l’authenticité du navire. Nous avons confirmé sa découverte le dimanche 7 septembre 2014 à l’aide d’un véhicule sous-marin autonome. »
C’est le 1er octobre, que le Premier ministre déclara au Parlement « Je suis ravi d’annoncer aujourd’hui que le navire de l’expédition Franklin retrouvé par l’expédition menée dans le détroit de Victoria au mois de septembre a été identifié comme étant l’Erebus. »
L’épave, particulièrement bien conservée après avoir passée plus d’un siècle et demi dans ces eaux froides de l’Arctique, gisait par 11m de fond au nord de l’île O’reilly. Avec cette importante partie du puzzle retrouvée, il devrait être possible de comprendre un peu mieux la disparition tragique de cette expédition et des deux navires. Le Terror reste lui à ce jour, toujours introuvable…

 

Centenaire de l’épopée du Karluk

Il y a tout juste 100 ans, les 12 survivants de l’expédition du Karluk étaient récupérés sur l’île Wrangel, après y avoir passés 180 jours. Retour sur cette fantastique épopée pour célébrer ce centenaire…
En 1880, le Canada reçoit de la Grande-Bretagne la confirmation de son autorité sur toutes les îles de l’Arctique qui s’étendent vers le Nord, depuis la partie continentale du pays.
Devant les incursions répétées d’explorateurs étrangers, de chasseurs de phoques et de baleines sur son territoire, le Canada décide d’explorer cette région de l’Arctique afin de mieux connaître son étendue. C’est à ce moment-là que l’explorateur et ethnologue Vilhjalmur Stefansson fait parler de lui. Après de précédentes expéditions en Arctique, il demande des fonds additionnels au Canada pour une exploration du nord du continent américain, organisée par le Muséum américain d’histoire naturelle. Le Premier ministre canadien de l’époque, conscient des préoccupations relatives à la souveraineté dans le Nord, décide de financer entièrement l’expédition. Ainsi naît l’Expédition canadienne dans l’Arctique.
Stefansson achète pour l’occasion le Karluk, un navire de 39 mètres de long. Le bateau a déjà participé à plusieurs missions dans le grand Nord pour la chasse à la baleine, mais il n’est pas vraiment adapté pour naviguer dans les glaces. L’expédition quitte la Colombie-Britannique le 17 juin 1913 avec à son bord 31 personnes, dont le photographe et explorateur polaire Hubert Wilkins. Dans les rangs également, Alister Mackay et James Murray, tous deux vétérans de l’expédition Nimrod dirigée par Ernest Shackleton en Antarctique (1907-1909).
Le 13 aout 1913, le Karluk se trouve prisonnier des glaces dans l’océan Arctique. Il sombre 5 mois plus tard sous les terribles assauts de la banquise. Après avoir vécu sur cette dernière dans un camp composé de matériaux débarqués du navire avant la tragédie, les rescapés décident de partir vers l’île Wrangel. Ils l’atteignent le 12 mars 1914 après 130 kilomètres parcourus en plein hiver arctique. Conscient de l’état de santé de certains des membres de l’expédition, et tout en sachant que leurs chances de sauvetage dans cette zone reculée des routes maritimes traditionnelles sont réduites, le commandant Robert Bartlett décide alors de quitter l’île. Il part accompagné d’un inuit sur la banquise, afin d’atteindre la côte nord de la Russie et d’y chercher du secours. Après un périple de plus de 300 kilomètres sur la glace de mer et plus de 1 000 autres sur la côte de la Tchoukotka, Bartlett arrive finalement à se faire embarquer pour Nome en Alaska et de là, à alerter les secours. Après de nombreux rebondissements, il s’embarque finalement sur le Bear vers l’île Wrangel pour secourir ses camarades. Le 8 septembre 1914, il rencontre un navire qui vient en sens inverse depuis Wrangel. Il s’agit du King and Winge avec à son bord… les rescapés de l’île ! Bartlett avait pu à alerter quelques navires de la difficile situation à Wrangel des membres de l’expédition, et le King and Winge avait réussi à les récupérer avant lui, le 7 septembre 1914. Trois personnes manquaient alors à l’appel, décédées sur l’île avant l’arrivée des secours.

Voici en résumé le récit de cette formidable épopée, que nous souhaitions vous faire partager, 100 ans jour pour jour après son issue…