Spitzberg-Svalbard

Découvrez ci-dessous une série d’articles sur le Spitzberg dans l’archipel du Svalbard. Partez à la découverte de l’ours polaire, du renard arctique, des rennes, de la toundra, des glaciers, des cabanes de trappeur et du patrimoine historique de cet archipel norvégien…


 

Les ours polaire du 82° nord

Pour ce dernier voyage de la saison dans l’archipel du Svalbard, il a fallu aller chercher la banquise très haut, par plus de 82° de latitude nord, soit à moins de 900 kilomètres du pôle… Signe des temps, la banquise ne fut pas difficile à pénétrer pour le navire sur lequel nous étions et pire, elle était particulièrement morcelée sans présenter de zone de compression ou de glace pluriannuelle !

C’est par 82°50’N que nous avons pu observer une dizaine d’ours polaires dans des conditions fantastiques, alternant entre brouillard, ciel bleu et lumières du coucher du soleil. Les deux temps forts, furent cet ours mâle adulte venu se coucher devant nous, avant de se lancer dans des joutes cordiales avec un second individu venu le rejoindre. Plus tard, une femelle accompagnée de ses deux petits âgés de 8 mois, nous approchait à moins de 30 m avant de disparaitre dans le désert blanc.

Selon un modèle informatique récent, la banquise estivale dans l’océan Arctique pourrait disparaître dès l’été 2015 ! Les données sont alarmantes, puisque non seulement la banquise perd en superficie en moyenne sur les 30 dernières années, mais son volume se réduit également, ainsi que son âge (puis il y a de moins de moins de glace pluriannuelles dans le bassin arctique).
C’est avec une drôle de sensation et non sans une certaine émotion, que nous avons laissé derrière nous ces ours et cette banquise avant de redescendre vers le Sud. Verra-t-on encore ces vastes étendues gelées et leurs hôtes dans les prochaines années ?

Le glacier de Monaco

Je vous rassure je n’ai pas perdu la boule ! Certes il n’y a pas (encore) de glacier à Monaco, mais un géant de glace porte bel et bien ce nom au Spitzberg. Celui-ci se trouve au Nord-Ouest de l’archipel du Svalbard, dans le Liefdefjord. il a été nommé ainsi en hommage à un des fondateurs de la science océanographique, Albert Honoré Charles de Monaco (1848-1922).

Après des campagnes océanographiques dans l’océan Atlantique, il décidera d’étendre ses recherches aux régions polaires et au Svalbard en particulier. Albert de Monaco s’y rend pour la première fois en juillet 1898 où il effectue de nombreux dragages et explore des parties intérieures de l’archipel. En 1899, le prince, tombé amoureux des paysages polaires, décide de faire une nouvelle séance de recherche au Spitzberg pour des travaux hydrographiques. Il ramènera de ces deux expéditions une grande quantité de collections qui sont exposées au musée océanographique de Monaco, qu’il a lui-même fondé.
Quand à moi je vous donne rendez-vous dans un mois, pour vous faire part de mes deux prochains voyages dans le Nord-Ouest du Groenland et le Nunavut, puis dans le parc national du Nord-Est du Groenland, bon été !

Un face à face à Stasjonsøyane

C’est du Svalbard, destination inévitable pour l’observation des ours polaires, que je reviens. Ces dix jours à sillonner les fjords et les baies de l’archipel furent, sans surprise, riches en rencontres, lumières extraordinaires, glaces, et bien évidemment en émotions. Un des plus beaux moments pour moi, fut cette navigation dans les iles Stasjonsøyane à la « bifurcation » entre le Liefdefjord et le Woodfjord au nord du Spitzberg. Deux ours polaires erraient là, à la recherche de quelques œufs de sternes et d’eiders à se mettre sous la dent. En confiance, ils se rapprochèrent peu à peu pour finir à quelques mètres de nous, l’un d’eux s’asseyant même juste là, devant, pour nous regarder longuement. Inutile de le préciser, mais ce face à face fut émouvant, spectaculaire, fort… Après les avoir quitté, j’avais comme souvent l’impression de ne pas vraiment avoir vécu et vu ça de mes propres yeux et pourtant…

Je me souviens alors, une phrase de Michel Onfray : « L’ours conduit les âmes de ceux dont il croise le regard, à l’épicentre des mystères polaires. Toute mémoire élue s’en souvient probablement jusqu’à la tombe. »

 

Baleine bleue

Événement ce mercredi soir alors que nous étions en train d’effectuer notre traditionnelle séance d’observation de baleines, puisqu’une énorme masse est subitement apparue à la surface : la baleine bleue !

Cette baleine est non seulement le plus gros animal vivant sur terre, mais il est possible qu’elle soit également plus importante en terme de taille, que le plus grand dinosaure connu ! Les baleines bleues du Sud sont habituellement plus grosses que celles vivant dans l’hémisphère Nord. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 30 mètres de long pour un poids pouvant atteindre 200 tonnes ! Elle est facilement reconnaissable à son corps très long, bleu (si la lumière est bonne), avec une toute petite nageoire dorsale située à l’arrière du corps et un souffle atteignant les 9 mètres de hauteur.
La population mondiale actuelle est estimée à 11 000 individus, ce qui ne représente plus que 15% de la population connue avant l’ère de la chasse à la baleine…

– 30 m de long / 200 tonnes
– le poids de sa langue de celui d’un éléphant
– son cœur est de la taille d’une voiture
– certains de ses vaisseaux sanguins sont si larges que l’on pourrait nager dedans
– sa queue est la largeur d’une aile d’un petit avion
– peut nager à 20 nœuds de vitesse, un des animaux les plus rapides dans l’eau
– peut manger 40 millions de krill par jour

Extraordinaire rencontre en tout cas, dans une ambiance mystérieuse composée de lumières basses et d’un peu de brouillard. Furent également observés des dauphins à bec blanc, des rorquals communs, et la semaine dernière des baleines à bosse ainsi qu’un cachalot. Superbe endroit en tout cas que cette zone de hauts fonds au large à l’Ouest du Hornsund !

Baie de la Madeleine

Entrer dans la baie de la Madeleine, quelque soit la météo, reste un moment fort ! Ce qui me frappe le plus souvent, ce sont ses montagnes acérées, sorte de forteresse, qui cernent ce petit fjord. C’est ce que remarqua aussi le hollandais Willem Barents en 1596 lorsqu’il entra dans la Baie de la Madeleine au cours de son voyage à la recherche du passage du Nord-est. Il baptisa d’ailleurs cette ile jusqu’à alors inconnue du nom de Spitzberg, traduisez « montagnes pointues ».

C’est ensuite un autre navigateur Henry Hudson qui naviguera dans les eaux autour du Spitzberg (croyant toujours au passage que cette terre était reliée au Groenland), mentionnant dans son journal de bord, que les baleines sont nombreuses comme « carpes en vivier ». C’est la phrase de trop, les chasseurs de baleines se ruent autour du Spitzberg ; les basques, les hollandais et les anglais se lancent vers ce nouvel eldorado. La Baie de la Madeleine porte les traces de cette histoire des baleiniers ; pas moins de 130 tombes y sont présentes. Dans la plupart des cas il s’agissait d’hommes morts du scorbut ou d’accidents liés à la chasse elle même. Il n’y avait pas pour autant d’installation de station baleinière, excepté un grand campement. Lorsqu’une baleine était repérée, des canots avec chacun cinq hommes à bord, étaient lancés d’un navire principal. Sur ces cinq hommes, quatre étaient les rameurs, le cinquième le harponneur. Il avait pour tâche, de viser au mieux la baleine qui une fois harponnée plongeait pour tenter d’échapper à ses poursuivants. Le harpon était reliée à une corde permettant non seulement de garder le contact avec la baleine, mais aussi de savoir où et quand celle-ci referait surface, avant d’être de nouveau harponnée ! Une fois la malheureuse morte d’épuisement et/ou vidée de son sang, les hommes la ramenait vers la baie afin de la découper en morceau. Le principal intérêt pour eux, était de faire fondre la graisse afin d’en tirer un combustible permettant notamment l’éclairage urbain dans de nombreuses grandes villes. Pour transformer la graisse, les morceaux découpés étaient mélangés à de l’eau dans un grand chaudron, lui même encastré dans un grand four en pierres. Le procédé permettait d’obtenir de l’huile dégagée de toutes impuretés (gravier, sel, invertébrés…) qu’il suffisait de collecter à la surface du chaudron. Une fois mis en tonneau, l’huile était ensuite exportée par bateau.

Ce sont aussi ces vestiges du passé qui rajoutent un peu plus de charme à la Baie de la Madeleine. Même s’ils font référence à une période noire pour les baleines, ils sont de ces vérités que l’on doit aux hommes, à leurs luttes, leurs souffrances et leurs espoirs…

Hyttevika me laisse sans voix

J’étais pour la première fois à Hyttevika le 12 août 2009 et je me souviens qu’après avoir quitté cet endroit magique, situé à l’entrée nord du Hornsund en face du sanctuaire à oiseaux qu’est l’île Dunøyane, je n’avais qu’une seule envie ; y retourner au plus vite ! C’est chose faite aujourd’hui, alors je vais tenter de vous faire partager cette matinée exceptionnelle. Imaginez vous êtes à 77° nord, juste à l’entrée d’un immense fjord appelé Hornsund. Il fait 11°C, le vent est absolument nul, pas un seul nuage dans le ciel juste le soleil presque au zénith… Pour approcher la plage de débarquement, il y a un kilomètre à parcourir entouré de glace et tout le jeu réside dans le fait de se frayer un chemin dans ce dédale. Peu à peu la plage de sable est en vue, vous y posez le pied pour faire face à une cabane de trappeur ou vécue de 1932 à 1937 une femme Wanny Woldstand. Juste derrière cette cabane, un énorme éboulis avec de gros rochers se présente à vous, après quelques raides minutes de marche, vous êtes en haut et la vue vous coupe le souffle ; à gauche une immense prairie de toundra verte, jaune, orange avec des petites rivières au milieu. Quelques rennes y paissent tranquillement, mélangés à des bernaches nonnette et oies à bec court. A droite en dessous de vous, c’est la fameuse cabane et au large, la mer à perte de vue couverte en partie de glace, avec sur une plaque au loin un ours qui chasse. Encore plus à droite, un immense glacier se jette dans la mer sorte de cathédrale de glace. Pour finir, au dessus de vous, des milliers de mergules nains vous rasent la tête si près que vous sentez le bruissements des ailes. Des nuées d’oiseaux prennent de grands virages au dessus de la mer pour repasser au-dessus de votre tête… Je fais quelques photos, un renard arctique apparait, je dois m’asseoir les jambes sciées devant cet endroit magique ; c’est trop… Je n’ai ressenti qu’une seule fois cette sensation ; en juin 2007 lorsque dans le ciel de la nuit polaire de Terre Adélie dansaient les aurores australes. Merci dame nature, merci mille fois de cette matinée dont je ne sortirai pas indemme (une fois encore) !