Canada

L’épave de l’Erebus retrouvée en Arctique

Le 9 septembre dernier, les autorités canadiennes annonçaient la découverte de l’épave de l’un des deux navires de la Royal Navy, l’Erebus et le Terror, disparus en 1845 lors d’une énième tentative de recherche du passage du Nord-Ouest. Il y a quelques jours, ces mêmes autorités précisaient que l’épave retrouvée était celle de l’Erebus.
Sorti d’un chantier naval du sud du Pays de Galles en 1826, l’Erebus fut baptisé en référence au monde souterrain appelé Hades dans la mythologie grecque. Ce monde était divisé en deux régions dont l’érèbe, où passaient les morts juste après leur décès.
Le navire (de type « bombarde ») à fond plat, était spécialement destiné à porter des mortiers et à lancer des bombes sur de courtes distances. C’était un trois-mâts mesurant 32m de long et 8,8m de large. Après avoir servi deux années en mer Méditerranée, l’Erebus fût adapté à la navigation polaire. La première expédition à laquelle il participa, avec à ses cotés le Terror, avait pour but d’atteindre le pôle sud magnétique. Celle-ci, dirigée par James Clark Ross, partit de Londres en octobre 1839 et se rendit en Tasmanie après avoir fait escale aux îles Kerguelen et Crozet. Depuis la Tasmanie, les deux navires mirent le cap vers l’Antarctique et s’arrêtèrent en route aux îles Auckland et Campbell. Le 1er janvier 1841, le cercle polaire antarctique fut franchi, et quatre jours plus tard l’expédition entra dans la mer de Ross. A cette occasion, le volcan Erebus fut nommé en hommage au navire commandé par James Clark Ross. Devant l’impossibilité de franchir la grande barrière de glace de Ross, les deux bâtiments mirent le cap sur la Tasmanie. Ils revinrent l’été suivant, mais il fallait se rendre à l’évidence, le pôle sud magnétique se trouvait bien plus au sud que les navires ne purent aller. James Clark Ross fit donc route vers le cap Horn, puis les îles Malouines où l’expédition passa cinq mois. En décembre 1842, l’Erebus et le Terror mirent le cap vers la mer de Weddell, afin de poursuivre les travaux de James Weddell. La banquise leur barrant la route, les navires partirent alors vers l’île Bouvet sans la trouver, firent escale à Cape Town puis aux îles Saint-Hélène et Ascension, avant de rentrer en Angleterre en septembre 1843, quatre années après le départ.

Deux ans plus tard, l’Amirauté britannique décida d’organiser une nouvelle expédition, afin de chercher un passage entre l’Asie et l’Amérique. James Clark Ross ayant promis à son épouse de ne plus partir, c’est à John Franklin que revint le commandement de cette expédition. L’Erebus et le Terror furent alors cette fois envoyés dans l’Arctique. Après leur départ de Londres le 19 mai 1845, une escale au Groenland et un hivernage à l’île Beechey, les deux navires et les 134 hommes de l’expédition disparurent aux abords de l’île du Roi Guillaume.

Sir James Clark Ross

Sir James Clark Ross

Sir John Franklin

Sir John Franklin

Depuis 2008, le gouvernement canadien a mené six expéditions pour tenter de retrouver les deux navires de l’expédition Franklin, avant de confirmer la découverte de l’un d’entre eux en septembre dernier. Le Premier ministre canadien Stephen Harper annonçait alors « Bien que nous ne sachions pas encore s’il s’agit du navire royal Erebus ou du Terror, nous possédons assez d’informations pour confirmer l’authenticité du navire. Nous avons confirmé sa découverte le dimanche 7 septembre 2014 à l’aide d’un véhicule sous-marin autonome. »
C’est le 1er octobre, que le Premier ministre déclara au Parlement « Je suis ravi d’annoncer aujourd’hui que le navire de l’expédition Franklin retrouvé par l’expédition menée dans le détroit de Victoria au mois de septembre a été identifié comme étant l’Erebus. »
L’épave, particulièrement bien conservée après avoir passée plus d’un siècle et demi dans ces eaux froides de l’Arctique, gisait par 11m de fond au nord de l’île O’reilly. Avec cette importante partie du puzzle retrouvée, il devrait être possible de comprendre un peu mieux la disparition tragique de cette expédition et des deux navires. Le Terror reste lui à ce jour, toujours introuvable…

 

Centenaire de l’épopée du Karluk

Il y a tout juste 100 ans, les 12 survivants de l’expédition du Karluk étaient récupérés sur l’île Wrangel, après y avoir passés 180 jours. Retour sur cette fantastique épopée pour célébrer ce centenaire…
En 1880, le Canada reçoit de la Grande-Bretagne la confirmation de son autorité sur toutes les îles de l’Arctique qui s’étendent vers le Nord, depuis la partie continentale du pays.
Devant les incursions répétées d’explorateurs étrangers, de chasseurs de phoques et de baleines sur son territoire, le Canada décide d’explorer cette région de l’Arctique afin de mieux connaître son étendue. C’est à ce moment-là que l’explorateur et ethnologue Vilhjalmur Stefansson fait parler de lui. Après de précédentes expéditions en Arctique, il demande des fonds additionnels au Canada pour une exploration du nord du continent américain, organisée par le Muséum américain d’histoire naturelle. Le Premier ministre canadien de l’époque, conscient des préoccupations relatives à la souveraineté dans le Nord, décide de financer entièrement l’expédition. Ainsi naît l’Expédition canadienne dans l’Arctique.
Stefansson achète pour l’occasion le Karluk, un navire de 39 mètres de long. Le bateau a déjà participé à plusieurs missions dans le grand Nord pour la chasse à la baleine, mais il n’est pas vraiment adapté pour naviguer dans les glaces. L’expédition quitte la Colombie-Britannique le 17 juin 1913 avec à son bord 31 personnes, dont le photographe et explorateur polaire Hubert Wilkins. Dans les rangs également, Alister Mackay et James Murray, tous deux vétérans de l’expédition Nimrod dirigée par Ernest Shackleton en Antarctique (1907-1909).
Le 13 aout 1913, le Karluk se trouve prisonnier des glaces dans l’océan Arctique. Il sombre 5 mois plus tard sous les terribles assauts de la banquise. Après avoir vécu sur cette dernière dans un camp composé de matériaux débarqués du navire avant la tragédie, les rescapés décident de partir vers l’île Wrangel. Ils l’atteignent le 12 mars 1914 après 130 kilomètres parcourus en plein hiver arctique. Conscient de l’état de santé de certains des membres de l’expédition, et tout en sachant que leurs chances de sauvetage dans cette zone reculée des routes maritimes traditionnelles sont réduites, le commandant Robert Bartlett décide alors de quitter l’île. Il part accompagné d’un inuit sur la banquise, afin d’atteindre la côte nord de la Russie et d’y chercher du secours. Après un périple de plus de 300 kilomètres sur la glace de mer et plus de 1 000 autres sur la côte de la Tchoukotka, Bartlett arrive finalement à se faire embarquer pour Nome en Alaska et de là, à alerter les secours. Après de nombreux rebondissements, il s’embarque finalement sur le Bear vers l’île Wrangel pour secourir ses camarades. Le 8 septembre 1914, il rencontre un navire qui vient en sens inverse depuis Wrangel. Il s’agit du King and Winge avec à son bord… les rescapés de l’île ! Bartlett avait pu à alerter quelques navires de la difficile situation à Wrangel des membres de l’expédition, et le King and Winge avait réussi à les récupérer avant lui, le 7 septembre 1914. Trois personnes manquaient alors à l’appel, décédées sur l’île avant l’arrivée des secours.

Voici en résumé le récit de cette formidable épopée, que nous souhaitions vous faire partager, 100 ans jour pour jour après son issue…

 

L’île Devon et son désert minéral

C’est en face de l’île de Baffin, sur la rive nord du détroit de Lancaster qui marque le début du passage du Nord-Ouest, que se trouve l’île Devon. Cette dernière avec 55 247 km², serait la plus grande île au monde inhabitée. En 1616, l’île est signalée pour la première fois par un européen grâce à Robert Bylot. C’est ensuite un explorateur anglais qui cartographia la côte Sud de l’île en 1819-1820.
L’île Devon est caractérisée par son relief et sa géologie particulière ; elle est cernée de hautes falaises de gneiss de 300 à 600 mètres d’altitude, le point culminant s’élevant à 1920 mètres. Ce que l’on remarque également lorsque l’on regarde cette île, c’est le fait qu’elle soit un véritable désert minéral ; des champs de pierre et des éboulis à perte de vue, très peu de végétation et quelques espèces animales (ours polaires, phoques, boeufs musqués, oiseaux…).
C’est d’ailleurs sur cette île que depuis 2001, un programme de recherche intitulé Flashline MARS a lieu. Pour les scientifiques, l’île Devon possède en effet l’environnement qui se rapproche le plus de celui de la planète Mars. C’est donc là que des personnes se relaient l’été pour simuler la vie et des activités qui pourraient avoir lieu dans le futur sur la planète rouge.
Notons enfin que c’est sur cette île du grand Nord canadien, qu’ont été découvert en 2007 des fossiles de Puijila darwini, l’ancêtre des phoques actuels.

Le loup de Meziadin

En guise de conclusion de ces quelques semaines passées en Colombie-Britannique, voici le partage d’une journée toute particulière et d’une rencontre…
Ciel bleu, soleil, pas de vent ; le genre de journée qui vous donne envie d’aller du coté du lac Meziadin, au bord de la Highway 37 qui part vers le Yukon et l’Alaska. Ce grand lac (20 kilomètres de long pour 2,5 de large) est bordé d’arbustes riches en baies et d’arbres centenaires, d’où sont juchés quelques pygargues à tête blanche. Ses eaux d’un calme religieux, sont de temps à autre perturbées par quelques sauts de saumon faisant légèrement et délicatement onduler la surface. Au loin, les doux chants d’un groupe de plongeons imbrins se font entendre. Votre kayak à l’eau, vous vous éloignez lentement de la berge. Après une heure d’une balade de laquelle vous rentrez assommé par le silence, vous vous prenez à rêvasser assis sur un tronc d’arbre mort au bord de l’eau. Du bruit derrière vous… Vous vous retournez : un grizzli vous a vu et de peur (ou de surprise), court se réfugier dans les bois. Quelques minutes plus tard, le voici dans l’eau à son tour pour entamer une incroyable traversée du lac à la nage ; 2,5 kilomètres en 45 minutes, là sous vos yeux…

Le temps passe et il faut (déjà) songer à rentrer. Tout juste avant la tombée de la nuit, au bord de la route, vous surprenez un ours noir en train de savourer des myrtilles dans un talus. Vous vous dites que cette journée fut juste extraordinaire !
Une journée qui avait commencé le matin même par une rencontre mémorable. Là, devant vous, à quelques dizaines de mètres : un loup ! Il arrive, vous regarde, vous dépasse et disparaît… tout simplement.

Une rencontre exceptionnelle qu’il est difficile d’imaginer dans nos contrées, notre société ayant une fois encore oublié quelques règles de politesse et de courtoisie pour son retour dans nos montagnes. Drôle de façon qu’à trouvé l’homme en effet, d’utiliser le fusil pour lui souhaiter la bienvenue.
Croiser le regard d’un loup, est quelque chose à couper le souffle et dont il n’est pas certain qu’il soit possible de se remettre…

Le castor canadien

C’est dans l’ordre des rongeurs qu’il faut placer la famille des castoridés (Castoridae) dont l’unique genre encore vivant est le castor. Ce genre regroupe aujourd’hui deux espèces ; en Eurasie le castor européen Castor fiber et en Amérique du Nord le castor canadien Castor canadensis. Avec son mètre de longueur, le castor est le second plus grand rongeur du monde après le capybara d’Amérique du Sud.

Au fil de l’évolution, le castor s’est parfaitement adapté au milieu aquatique ; deux couches, permettant également une parfaite isolation thermique, composent son pelage qu’il enduit d’une huile sécrétée par deux glandes localisées à la base de la queue, afin de parfaire son isolation et son hydrodynamisme. Une autre paire de glandes sécrète le Castoreum, une substance odorante permettant de marquer le territoire. Les incisives du castor sont longues, pointues et croissent sans arrêt. Elles sont endurcies par une couche d’émail orange foncé qui recouvre leur face extérieure. Ainsi, à mesure que l’animal frotte ses incisives supérieures contre ses incisives inférieures, le bout externe des dents conserve le tranchant d’un ciseau. Derrière les quatre incisives, des lèvres pourvues de poil permettent au castor de garder l’eau à l’extérieur de sa bouche lorsqu’il travaille en immersion.

La queue plate du castor lui sert notamment de réserve de graisse pour l’hiver, de gouvernail lorsqu’il nage et d’appuis en position assise. C’est aussi un efficace système d’alarme pour prévenir d’un danger ; le castor frappe alors la surface de l’eau avec sa queue avant de plonger.

Grâce aux puissants muscles de sa mâchoires couplés à ses incisives, ce rongeur peut abattre jusqu’à 200 arbres et arbustes par an ! Et cela dans le but de se nourrir de l’écorce, des feuilles et autre bourgeons, mais également pour construire sa hutte et un barrage. Mais alors pourquoi construire un barrage ? Pour établir sa hutte, le castor a besoin d’un étang profond, entouré d’arbres. Dans le but d’obtenir ce mini lac, le mammifère va bâtir un barrage en travers d’une rivière afin de maintenir un niveau constant d’eau (notamment pour éviter que l’eau ne gèle de la surface jusqu’au fond du lac, afin d’avoir toujours de l’eau libre même en hiver). Une fois le barrage construit, le castor s’attaque à la hutte établie en général au milieu de l’étang et dont l’entrée est constamment maintenue sous le niveau de l’eau pour empêcher l’accès aux prédateurs. C’est dans cette hutte bien à l’abri et au dessus de l’eau, que la famille castor est installée. Donc si je résume, un barrage sert à obtenir un étang profond pour évoluer dans l’eau, maintenir l’entrée de la hutte hors de portée des prédateurs et enfin, avoir un espace sous la hutte au-dessus du niveau du lac pour y vivre.

Le mâle et la femelle unis pour la vie, s’accouplent en janvier et la mise bas d’en général quatre petits intervient trois mois plus tard. Quelques heures après leur naissance, les jeunes savent déjà nager mais ne quitteront leur étang qu’après avoir passés deux ans auprès de leurs parents.

Pour terminer sur le castor, rappelons que c’est un symbole fort au Canada ; il est d’ailleurs depuis le 24 mars 1975 l’emblème officiel du pays.

The Bear River Interpretive Center

C’est ici à Stewart, qu’un passionné de nature et amoureux du Canada, Jean-Louis Imbs, a ouvert le BRIC ; Centre d’Interprétation de la Bear River.

Ce centre a pour but l’accueil des touristes, habitants de la région, écoles et personnes travaillant dans les territoires à ours, afin d’informer aussi bien sur l’écologie, la biologie, l’histoire, les effectifs ou encore les menaces pesant sur l’ours noir, le grizzly et le rare ours kermode. Des conseils sont aussi prodigués sur les règles à suivre afin d’éviter les éventuels accidents au contact Lire la suite