Evénement

La base coréenne Jang Bogo

Après cinq années d’investigation, la Corée a finalement choisi la baie Terra Nova en mer de Ross pour la construction de sa nouvelle base scientifique, baptisée Jang Bogo en l’honneur du militaire et navigateur du VIIIème siècle.

C’est à la fin de l’année 2012, que le premier trajet d’acheminement de matériel depuis la Corée vers le site d’implantation de la future base eu lieu. Un cargo et le brise glace Araon furent nécessaires deux étés durant pour acheminer tout le matériel et le personnel.

C’est le 12 février 2014 que la base est officiellement inaugurée quelques semaines avant le premier hivernage. D’une capacité totale de 60 personnes, Jang Bogo n’en accueille qu’une quinzaine en hiver. La construction de cette base ultra moderne, répond aux contraintes environnementales qu’impose l’Antarctique: bâtiment principal monté sur pilotis pour limiter la prise au vent et les pertes de chaleur, architecture et matériaux limitant les dommages crées par le vent, la neige et la glace, insonorisation des cloisons… La construction d’une base à notre époque permet aussi de répondre aux règles environnementales : station de traitement des eaux usées, installation de 170 panneaux solaires, éoliennes sans pales… Les équipement scientifiques ne sont pas en reste avec un compresseur pour les activités de plongée sous-marine, deux stations météorologiques, un laboratoire d’étude de la ionosphère et de l’atmosphère, des laboratoires de géophysique et d’étude de la chimie de l’atmosphère, un sismographe, un gravimètre, un marégraphe, un spectrophotomètre…
Jang Bogo est ainsi la seconde base de la Corée du Sud, après la construction sur l’île du Roi Georges dans les Shetlands du Sud de la base King Sejong inaugurée en 1988.

=> Site internet de KOPRI (Institut de recherche polaire coréen).

 

Le repos éternel pour Nicolai Hanson

Le 1er mars 1899, débutait au cap Adare à l’entrée ouest de la mer de Ross, le premier hivernage connu sur le continent antarctique. C’est au cours de cet hivernage, cœur de l’expédition Southern Cross dirigée par Carsten Borchgrevink, que le zoologiste norvégien Nicolai Hanson décéda, le 14 octobre 1899. Si le médecin de l’expédition conclut à une occlusion intestinale, la raison du décès reste un mystère, d’autant que le jeune homme était déjà souffrant lors du voyage depuis l’Angleterre. Il s’était pourtant remis avant l’arrivée au cap et avait entamé son travail d’observations scientifiques et de collecte de spécimens. Son état de santé s’était cependant détérioré pendant l’hiver.

Tôt le matin du 14 octobre, le médecin appela ses camarades « j’ai dit à Mr Hanson qu’il ne peut pas supporter plus longtemps cette maladie, par conséquent, il voudrait dire quelques mots et vous serrer la main à tous. » Hanson, parfaitement lucide, transmis à Borchgrevink des informations et instructions relatives à ses travaux zoologiques. Puis il lui demanda où il comptait l’enterrer. « Où tu le souhaites » répondit Borchgrevink. « Eh bien, vous vous souvenez peut-être de moi en photo debout à côté d’un gros rocher au sommet du cap Adare ? J’aimerai bien être enseveli du coté abrité de ce rocher. »
Trop faible, il ne pu écrire à son épouse mais il remit une enveloppe au docteur pour elle, contenant son alliance. Il s’étaient mariés quatre mois avant son départ et sa jeune épouse avait par la suite donné naissance à Johanne, leur fille, qui ne connaitrait jamais son père.
Une demi-heure avant sa mort, le premier manchot Adélie de retour à la colonie pour la saison fût apporté à Nicolai. Il trouva encore la force de l’examiner pour savoir s’il était adulte ou juvénile… « Adulte » remarqua-t-il. Puis il s’adressa calmement à Anton Fougner, son assistant scientifique:

« Cela n’est pas si difficile de mourir sur une terre étrangère, c’est comme dire au revoir à ses amis quand on part pour un long voyage. »
Dernière phrase de Nicolai Hanson

A l’âge de 29 ans et après deux mois sans sortir de la cabane, Nicolai Hanson s’éteignit donc dans son lit.

Le 20 octobre après quatre heures d’ascension, ses compagnons l’inhumèrent selon ses souhaits en haut de la falaise surplombant le cap Adare. En raison du sol gelé et de la roche, il leur fallu trois jours de travail et l’usage de dynamite pour réussir à aménager sa tombe. Nicolai Hanson fut ainsi le premier homme à être inhumé sur le continent antarctique.

Le 2 février 1900 dans la matinée, cinq de ses compagnons lui rendirent une dernière visite. Ils en profitèrent pour ériger au-dessus de sa tombe une croix en métal plantée dans le rocher, à laquelle ils fixèrent une plaque en laiton. Fougner récolta même un peu de mousse qu’il déposa sur la tombe en guise de « verdure ».
A la fin de la journée, les neuf camarades d’hivernage de Hanson s’étaient tous rendus sur sa tombe. A 18h15, l’expédition quittait le cap Adare.

« L’argent peut acheter des choses, bonnes ou mauvaises, mais toute la richesse du monde ne peut acheter un ami, ni payer pour la perte de celui­-ci. »
William Colbeck, scientifique de l’expédition

Non loin de la tombe de Nicolai s’élève le pic Hanson (1255 m), l’un des plus hauts sommets de la pénisule Adare.

En ce début de mois de février, se rendre au-dessus de la falaise surplombant le cap Adare, fut un moment particulier, et certainement privilégié… La tombe est toujours là, en parfait état, dominée par le « gros rocher » et faisant face au nord. Tout autour, s’étend un désert lunaire de roches volcaniques, ça et là surmontées par d’autres blocs erratiques. Seuls les cris des labbes de McCormick viennent de temps à autre rompre le silence de ce lieu…

 

« Au milieu du silence profond et de la paix, il n’y a rien qui puisse déranger l’éternel repos, excepté le vol des oiseaux marins et, lors de la longue nuit hivernale, l’éclatante et mystérieuse aurora polaris qui traverse majestueusement le ciel, formant un glorieux arc de lumière juste au-dessus du cap et de la tombe. En été le soleil éblouissant brille perpétuellement au-dessus de ce monde de blancheur. »
Louis Bernacchi, physicien de l’expédition

 

Improbables îles Balleny

Cerise sur le gâteau à l’issue de ce dernier voyage en mer de Ross, nous avons pu visiter les îles Balleny. Cette escale plus qu’improbable – cerise sur le gâteau du voyage – fut décidée après une analyse précise des cartes des glaces et des prévisions météorologiques. Ces îles sont en effet bien souvent inaccessibles en raison des glaces dérivantes, qui les cernent presque toute l’année. C’est d’ailleurs pour cette raison, qu’elles sont parmi les moins visitées et les plus méconnues des îles autour du continent Antarctique.

La découverte des Balleny

A plus de 250 kilomètres au Nord de l’Antarctique et au Nord-Ouest de l’entrée de la mer de Ross, les îles Balleny ont été découvertes au cours d’une expédition envoyée par les frères Enderby. La société Enderby Brothers basée à Londres, avait pour mission principale le transport maritime ainsi que l’exploitation des baleines et des phoques. C’est dans le cadre de la recherche de nouveaux territoires de chasse aux phoques et aux baleines, que les navires Eliza Scott et Sabrina quittèrent Londres le 16 juillet 1838. A la tête de l’expédition et également commandant du Eliza Scott, le britannique John Balleny, assisté par Thomas Freeman capitaine du Sabrina. Après différents arrêts notamment à l’île Amsterdam et en Nouvelle-Zélande, l’expédition mis cap au Sud et passa par l’île Campbell avant d’être stoppée par les glaces. En raison des ces dernières et du brouillard, le commandant Balleny décida alors de mettre le cap au Nord-Ouest. C’est à cette occasion que le 9 février 1839 à la mi-journée, une terre fut en vue. Deux jours plus tard, lorsque le brouillard se leva, le commandant Freeman mis pieds à terre seulement quelques secondes, réalisant ainsi le premier débarquement de l’histoire au sud du cercle polaire antarctique.
L’archipel est formé de trois îles principales et de nombreux petits ilots. Plusieurs îles portent le nom d’un actionnaire ayant participé au financement de l’expédition. Ainsi les trois îles principales furent nommées Young (George), Buckle (John), Sturge (Thomas). L’archipel fut de nouveau signalé à plusieurs reprises entre 1841 et 1904 par d’autres expéditions telles celle de James Clark Ross, Henrik Bull, Carsten Borchgrevink ou encore Robert Falcon Scott. Le premier relevé des îles ne fut réalisé qu’en 1938 et les premières images aériennes en 1948. La même année, le second débarquement fut effectué le 29 février par une expédition australienne. Début mars 1949, les membres d’une expédition française venue initialement installer la première base scientifique en Terre Adélie y débarqua et compléta la cartographie de certaines îles.

Une visite exceptionnelle

Ce qui frappe en premier à l’approche de ces îles, c’est le relief : de hautes falaises cernent les côtes surmontées de glaciers ou de parois vertigineuses de neige et de glace. Les glaces dérivantes, le brouillard, le fort vent, les sommets souvent dans les nuages, les zones non cartographiées ou sondés et la roche noire d’origine volcanique rajoute un peu plus l’austérité de cet archipel. La vie y est cependant présente: le manchot Adélie y niche, ainsi que le manchot à jugulaire dont c’est la seule colonie dans le sud du Pacifique. Se reproduisent également sur l’archipel, le labbe de McCormick, le damier du cap, le fulmar antarctique, l’océanite de Wilson ; mais aussi le pétrel des neiges, dont une sous-espèce plus rare à observer ailleurs, domine ici.
Cette visite aux îles Balleny, rendue possible par une belle fenêtre météo et des glaces ne cernant pas trop les îles ce jour-là, restera un très beau souvenir et un immense privilège, quand on sait qu’à peine une centaine de personnes ont eu la chance de voir un jour ces iles.

Bay of Whales par 78°43.971’S

Mardi 16 février 2016, nous atteignions la Bay of Whales (baie des baleines) en mer de Ross. L’expédition antarctique américaine dirigée par Richard Byrd, démontra en 1934 que cette échancrure dans l’ice-shelf de Ross, se trouve à la jonction de deux flux glaciaires différents, dont les mouvements sont influencés par la présence au Sud de l’île Roosevelt. Cette sorte d’entaille naturelle dans la partie terminale de l’ice-shelf de Ross, fut nommée Bay of Whales le 24 janvier 1908 par Sir Ernest Shackleton, en référence aux nombreuses baleines aperçues ce jour-là.
Le rapport de l’expédition antarctique britannique de James Clark Ross publié en 1847, laisse à penser qu’il fut le premier à approcher la baie des Baleines les 22 et 23 février 1842 et même à y naviguer. Plusieurs éléments du rapport concordent en effet avec cette hypothèse: la position géographique des navires Terror et Erebus, la description de la forme de la baie, la possible présence d’une montagne couverte de glace dans le Sud, ainsi que la carte de l’expédition.
Le 17 février 1900, le navire Southern Cross confirma l’existence de cette baie. A son bord se trouvaient les membres de l’expédition qui hivernèrent au cap Adare sous la direction de Carsten Borchgrevink. Les hommes purent même débarquer sur la plateforme flottante, grâce à une pente douce terminant la falaise de glace.

Ce port naturel fut utilisé à de nombreuses autres reprises dans l’histoire, par des expéditions polaires dont voici une liste (non exhaustive) de quelques dates ou évènements marquants :
– 3 février 1902 : le Discovery de l’expédition dirigée par Robert Falcon Scott s’ancre à la glace
– janvier 1908 : Shackleton et l’expédition Nimrod sont dans la baie
– 14 janvier 1911 : le Fram s’amarre à la glace dans la baie des Baleines. Roal Amundsen et ses hommes déchargent le navire et installent leur camp de base « Framheim » sur la glace. Ils s’y élanceront le 19 octobre 1911 pour leur raid final vers le pôle Sud
– 4 février 1911 : le Terra Nova de l’expédition de Scott se trouve aussi dans la Bay of Whales, courte entrevue entre les expéditions norvégiennes et britanniques
– janvier 1912 : le Kainan Maru de l’expédition japonaise dirigée par Nobu Shirase s’amarre à la glace et rencontre le Fram d’Amundsen
– entre 1928 et 1941, la baie fut utilisée comme port naturel par Rychard Byrd pour l’installation successives des bases Little America I, II et III

Depuis le début du vingtième siècle, la configuration de la baie des Baleines a évidemment bien évolué en raison des ruptures régulières de l’ice-shelf de Ross. En octobre 1987 par exemple, l’iceberg tabulaire B-9 emporta avec lui une partie de la région.

Ce 16 février, nous avons eu la chance de naviguer à notre tour dans la Bay of Whales sur les traces de ces expéditions polaires. Pourtant, aucune trace de la cabane d’Amundsen, installée sur l’ice-shelf à la latitude de 78° 38’ Sud, ni même des bases de Little America voisines… Et pour cause ! A leur emplacement plus de glace, mais de l’eau, sur laquelle nous naviguions. Nous avons ainsi pu atteindre avec notre navire la latitude 78°43.971′ Sud (soit plus de 10 km au sud de Framheim !). Cette latitude représente le point actuel le plus austral de notre planète, où il est possible de naviguer. Au-delà vers le Sud s’étend l’ice-shelf de Ross, plus loin les montagnes de la Reine Maud, enfin à un peu plus de 1200 kilomètres à vol d’oiseau, le pôle Sud géographique…
Si ce record de navigation vers le Sud n’est pas d’une grande importance, il montre en revanche le retrait de l’ice-shelf depuis sa découverte en 1842.

De l’émotion à la base Dumont d’Urville

Le premier voyage vers l’Antarctique de cette année 2016 nous a mené vers l’Est du continent, au sud de la Tasmanie. La baie du Commonwealth et la Terre Adélie étaient au programme pour ces quelques jours dans la région.
Le 23 janvier au réveil, nous sommes rapidement montés à la passerelle du navire et là, à quelques centaines de mètres, au sommet de l’île des Pétrels, se trouvait la base Dumont d’Urville. Une vision autant incroyable qu’improbable…

Le 11 février 2007, lorsque Samuel regardait la base Dumont d’Urville s’éloigner à l’horizon, il s’était fait à l’idée qu’il ne reviendrait sans doute jamais. Agnès elle, rêvait de fouler un jour cet endroit, sans peut-être plus y croire alors que les années passaient et pourtant…
Sur le ponton de la piste du Lion, Olivier le chef de district, Julien l’ornithologue et Jean-Jacques le gérant postal nous attendent; premières poignées de main et premiers rires. Après leur venue à bord du navire pour briefer les passagers sur le déroulement de la journée, nous voici sur l’île des Pétrels. La passerelle n’a pas changé ; raide au début, elle passe juste au-dessus des manchots Adélie. Grisou le manchot au dos gris est toujours là, sur le même nid, 10 ans plus tard ! La base approche. Nous sommes à présent devant le bâtiment principal et nombreux sont les passagers qui posent devant le buste de Dumont d’Urville. La porte du séjour s’ouvre… Le premier visage est, oh surprise, familier ! Il s’agit de Simon le plombier qui hiverna avec Samuel en 2006. Les premiers pas dans le séjour se font hésitant. Volonté de ne pas perturber le quotidien du personnel de la base ou impression de faire un bon dans le passé ? Les deux peut-être. Mais aussi pour Samuel l’impression de n’avoir jamais quitté cet endroit. Et pour Agnès, de le découvrir enfin en « 3D ». C’est alors qu’Olivier apporte une tarte au chocolat portant une bougie et sur laquelle est écrit: « De retour après 10 ans ». De simples mots qui touchent, alors que tout le monde entame un « Joyeux anniversaire… » La tarte à la main, la tête s’incline, l’émotion monte, les yeux rougissent, la bougie est soufflée.

Rodney, le chef d’expédition avec le grand cœur que nous lui connaissons, nous laisse à tous les deux une journée libre afin de profiter au maximum de ces moments. Olivier nous fait visiter la base, son bureau, les dortoirs, les laboratoires, la cabane historique Marret. Il nous invite également à déjeuner sur la base. Comment aurait-on pu refuser ? Les mêmes plats et couverts, le même vin australien, l’omelette du cuistot, les mêmes sons qui s’élèvent de la salle, les rires, la bonne humeur… On s’y croirait… Mais oui, nous sommes bien là ! Dans la bibliothèque un classeur avec les photos des missions est exposé. Comme par hasard, Simon l’a ouvert à la page de la 56ème mission de 2006.
Rapide passage au laboratoire de biologie marine (Biomar). La porte à peine ouverte et déjà les odeurs familières. Qui a dit que le pétrel des neiges et le damier du Cap sentaient mauvais ? Ces odeurs qui marquent à vie, nous avaient pourtant manqué. Julien est là, derrière son ordinateur. Nous retiendrons son sourire et son accueil dans l’ancien bureau de Samuel. Au mur des photos qui n’ont pas bougé de place, avec les portraits des anciens biologistes, auxquelles sont venues s’ajouter de plus récentes. Malheureusement le temps passe vite, il vaut déjà quitter Biomar. Un appel radio nous convoque au dortoir été où Patrice nous a donné rendez-vous. Samuel et Rodney s’y rendent, mais Agnès doit se rendre à la gérance postale pour finaliser les comptes et régler les achats de timbres et de souvenirs des passagers. L’hélico arrive spécialement de Cap Prud’homme et Patrice en descend pour nous dire bonjour et échanger quelques mots.
Enfin tout le monde se retrouve au ponton de débarquement, il est temps de regagner le navire. Olivier est le dernier à lever la main en guise d’au revoir.
Le commandant lève l’ancre, nous quittons l’Antarctique et partons vers le Nord. Nous restons tous les deux sur le pont arrière, à regarder la base s’éloigner et disparaitre derrière un iceberg. L’émotion nous prend, les mots nous manquent…

Nous tenons à citer ici quelques personnes et à leur adresser un message personnel après cette visite à Dumont d’Urville :
Olivier, chef de district : merci pour la coordination et l’organisation de cette belle journée qui fut une réussite. Merci pour tes marques d’attention, la visite privée de la base et l’idée de la tarte… Merci aussi d’avoir sensibilisé le personnel de la base à notre visite et au tourisme en Antarctique en changeant peut-être quelques idées préconçues. Nous sommes heureux de cette journée, à la fois pour nous et pour les visiteurs qui nous accompagnaient, et qui ont été ravis de l’accueil qui leur a été réservé.
Julien, ornithologue : les oiseaux de l’archipel sont entre de très bonnes mains, aucun doute ! Merci pour ton accueil, ton sourire, ta spontanéité et ta sensibilité. Dommage que le temps nous ait manqué pour baguer ce poussin de labbe que tu avais « gardé pour nous »…
Simon, plombier : ton sourire en coin alors que nous franchissions la porte du séjour restera un beau souvenir. Merci pour les cadeaux et les attentions. Rendez-vous en France à la maison !
Alain, technicien : également hivernant de la mission de Samuel en 2006. Garde ton grand sourire, ça fait plaisir !
Anthony, technicien : merci pour l’accueil et ton enthousiasme à revoir un « ancien ».
Le pâtissier (désolé pour le prénom égaré) : une tarte au chocolat qui fut un régal, merci pour le geste.
Patrice : incroyable, malgré toutes tes responsabilités et ton travail, que tu aies pris le temps de faire cet aller-retour en hélicoptère depuis le continent pour nous dire quelques mots et nous serrer la pince (comme on dit). Merci beaucoup, nous étions très touchés !
Thierry : désolé de ne pas avoir eu de temps pour parler plus longuement, ravi de t’avoir recroisé !
Rodney, chef d’expédition : sans toi, nous n’aurions sans doute jamais remis les pieds à DDU. Merci de nous avoir fait confiance pour encadrer ce voyage et de nous avoir laissés profiter de cette journée.
Enfin, un grand merci à tout le personnel de la base qui a chamboulé son emploi du temps pour accueillir ces touristes d’un jour. Le soir même à bord, certains passagers nous ont confié que ce fut la meilleure journée de leur voyage.
Alors simplement M E R C I ! Nous n’oublierons pas ce 23 janvier 2016…

Samuel et Agnès

Cliquez ici pour visiter la base Dumont d’Urville à pied comme si vous y étiez…

Une soirée d’anniversaire au rocher du Débarquement

A première vue, la photo ci-contre ne montre qu’un simple îlot perdu au milieu d’un champ d’icebergs. Pourtant, ce rocher représente une valeur significative dans l’histoire française et au-delà, celle de l’Antarctique. En effet, le 21 janvier 1840, une partie de l’équipage des 2 navires l’Astrolabe et la Zélée, participant à l’expédition dirigée par Jules Sébastien César Dumont d’Urville, débarqua ici entre 21h et 21h30. Ce rocher baptisé rocher du Débarquement pour l’occasion, fut également l’endroit où Dumont d’Urville pris possession de cette partie de l’Antarctique au nom de la France et la nomma Terre Adélie en hommage à sa femme Adèle.

« Il était près de neuf heures lorsque, à notre grande joie, nous prîmes terre sur la partie ouest de l’îlot le plus occidental et le plus élevé. Le canot de l’Astrolabe était arrivée un instant avant nous ; déjà les hommes qui le montaient étaient grimpés sur les flancs escarpés de ce rocher… J’envoyai aussitôt un de nos matelots déployer un drapeau tricolore sur ces terres qu’aucune créature humaine n’avait ni vues ni foulées avant nous. Suivant l’ancienne coutume que les Anglais ont conservée précieusement, nous en prîmes possession au nom de la France, ainsi que de la côte voisine, que la glace nous empêchait d’aborder. Notre enthousiasme et notre joie étaient tels alors, qu’il nous semblait que nous venions d’ajouter une province au territoire français par cette conquête toute pacifique. Si l’abus que l’on a fait de ces prises de possession les ont fait regarder souvent comme une chose ridicule et sans valeur, dans ce cas-ci, au moins, nous nous croyions assez fondés en droit pour maintenir l’ancien usage en faveur de notre pays. Car nous ne dépossédions personne, et nos titres étaient incontestables. Nous nous regardâmes donc de suite comme étant sur un sol français. Celui-là aura du moins l’avantage de ne susciter jamais aucune guerre à notre pays. »

Ce soir, le 21 janvier 2016 à 21h, c’est sur ce même îlot que nous avons débarqué, 176 ans jour pour jour et heure pour heure, après l’expédition de Dumont d’Urville. La météo était tout simplement sublime ; pas de vent, un beau ciel avec d’un côté le coucher de soleil sur la calotte glaciaire du continent et de l’autre, un magnifique lever de lune sur les icebergs. Nous avions réalisé pour l’occasion, notre propre plaque commémorative sur un simple morceau de carton. De nombreuses photos furent prises et quelques extraits du journal de Dumont d’Urville furent également lu par Huw, l’historien de l’équipe, tels le texte ci-dessus ou encore celui-ci:
« La cérémonie se termina, comme elle devait finir, par une libation. Nous vidâmes à la gloire de la France, qui nous occupait alors bien vivement, une bouteille du plus généreux de ses vins, qu’un de nos compagnons avait eu la présence d’esprit d’apporter avec lui. Jamais vin de Bordeaux ne fut appelé à jouer un rôle plus digne: jamais bouteille ne fut vidée plus à propos. »

Nous serions bien restés de longues heures sur cet îlot, à contempler lever de lune et coucher de soleil en même temps, alors que les océanites de Wilson virevoltaient en rase-motte et sans un bruit autour de l’île. C’est non sans un brin d’émotion que nous quittâmes le Rocher du Débarquement. De retour à bord du navire, l’équipe d’expédition ouvrit elle aussi une bouteille de vin sur le pont arrière pour porter un toast à ces explorateurs intrépides et à ce 176ème anniversaire de la découverte de cette Terre Adélie.

« Jusque-là et pendant tout le temps où des doutes avaient pu exister, je n’avais point voulu donner de nom à cette découverte, mais au retour de nos canots, je lui imposai celui de terre Adélie. Le cap le plus saillant que nous avions aperçu dans la matinée, au moment où nous cherchions à nous rapprocher de la terre, reçut le nom de cap de la Découverte. La pointe près de laquelle nos embarcations prirent terre, et où elles purent recueillir les échantillons géologiques, fut appelée pointe Géologie. »

Mais cette soirée n’était pas encore terminée. Alors que nous évoquions cette journée autour de notre verre de vin, un groupe de 4 orques épaulards se fit remarquer, tenant de faire chavirer un morceau de glace sur lequel se trouvait un phoque de Weddell. Nous sommes restés plus d’une heure à observer cette scène de chasse incroyable qu’aucun d’entre nous n’avait encore vu de ses propres yeux ! En quittant les îles Dumoulin, le phoque était toujours sur son bout de glace, la lune encore plus haute, les lumières projetaient des teintes magiques sur les îles et les icebergs. Il fut difficile d’aller se coucher ce soir là. Un 21 janvier pas comme les autres, dans un calme impérial…

Le Rocher du Débarquement se trouve par 66°36.314’S 140°3.842’E dans l’archipel des îles Dumoulin (Clément Adrien Vincendon-Dumoulin était l’hydrographe de l’expédition). L’îlot mesure 175 m de long pour 52 m de large et se situe à 7 km au Nord-Est de l’île des Pétrels et de la base scientifique française Dumont d’Urville.