Mer d’Okhotsk

Découvrez ci-dessous une série d’articles sur la mer d’Okhotsk en Extrême-Orient russe. Explorez les îles Shantar, Iony, Talan et Yamskie, visitez Magadan et Okhotsk ou encore la taïga. Partez à la rencontre du phoque à rubans, des stariques, du lion de mer de Steller, de l’ours brun ou encore de l’aigle de Steller


L’ours funambule de la mer d’Okhotsk

Juin 2012, pour la première fois un navire de croisière expédition se rend en mer d’Okhotsk, à l’extrême est de la Russie. Le 18 en soirée, avec des conditions météorologiques idéales, décision est prise d’explorer la côte en péninsule de Koni à environ 130 km de la ville de Magadan et des îles Yamskie.
A l’approche de l’entrée de la baie Astronomie, un ours brun est repéré longeant la plage de galets. Au fur et à mesure que l’animal avance, la plage est de plus en plus étroite, tant et si bien qu’au bout d’une vingtaine de mètres, le seigneur de la taïga n’a d’autre choix que d’escalader le névé qui le sépare de la forêt. Une fois en haut, il s’arrête, nous lance un regard, continue quelques mètres et finit par disparaitre derrière une crête

Le 23 novembre dernier, les membres du jury du concours photo du festival de Montier-en-Der, ont attribué le Prix mammifères sauvages de pleine nature à cet ours brun. Merci à eux d’avoir salué ce « funambule » et au-delà, cette fabuleuse région qu’est l’Extrême-Orient russe !

20 millions d’oiseaux aux îles Yamskie

Au nord-est de la mer d’Okhotsk, se trouve un paradis de nature, haut en couleurs et abondamment peuplé. Il s’agit de l’archipel des iles Yamskie.
Imaginez de hautes falaises basaltiques, dont chaque vire est occupée par des milliers d’oiseaux (mouettes tridactyles, guillemots de Troïl, cormorans pélagiques…), chaque éboulis est l’habitat des macareux et des stariques, chaque piton rocheux est un poste potentiel de guet pour le pygargue de Steller

Les estimations parlent de 8 millions de stariques minuscules, et autant de stariques cristatelles, sans parler des stariques perroquets, guillemots à cou blanc… N’oublions pas non plus la plus grande colonie de lion de mer de Steller de la mer d’Okhotsk !! Ajoutez à cela la lumière du soleil couchant colorant les roches de teintes ocres et ces oiseaux qui évoluent à toutes les altitudes tels de véritables essaims ! Tous les ingrédients sont réunis pour de belles émotions. Les mots semblent bien dérisoires à décrire un tel instant…

Astronomicheskaya, en lisière de taïga

Au fond de la baie Astronomicheskaya en péninsule de Koni au Nord de la mer d’Okhotsk, se trouve un petit havre de paix bien à l’abri des regards… La visite de la baie est déjà un régal puisque phoques et oiseaux (pygargue de Steller, harles, arlequins plongeurs, garrots…) y sont bien présents. Mais une visite à terre s’impose également… Lorsqu’on y déambule entre pins nains de Sibérie et mélèzes, on tombe ça et là sur une mésange boréale qui chante, un couple de buses pattues, des traces fraiches d’ours brun et de temps à autre le chant du coucou qui vient rompre le silence. Au sol, de nombreuses fleurs se font remarquer à celui qui prend le temps d’observer : fritillaire du Kamtchatka, baies, bruyère… Certains d’entre nous préfèreront évoluer dans la toundra à la découverte de la flore, alors que d’autre s’enfonceront dans la forêt boréale ou taïga en russe. Cette formation végétale est la plus grande forêt au monde, couvrant 10% de notre planète. Elle est essentiellement constituée de conifères (pins, mélèzes, épicéas), associée à des feuillus dont le bouleau, l’aulne, et le saule. Si vous pénétrez un jour dans la taïga, vous y rencontrerez le silence, associé à ce sentiment troublant que nous sommes bien petit dans tout cela…

Les milliers d’oiseaux de l’île Talan

Talan se trouve au nord de la mer d’Okhotsk, à 100 kilomètres à l’ouest de la ville de Magadan. Cette île de 2 kilomètres de long, cernée de falaises, est un endroit fantastique ! Selon les estimations, il y aurait plus d’1 million d’oiseaux s’y reproduisant dont le pygargue de Steller, la mouette tridactyle, le guillemot de Troïl et la locustelle de Middendorff. Mais les plus importants effectifs concernent la famille des alcidés, représentée ici par les stariques perroquets et cristatelles, ainsi que les macareux cornus et huppés. Ce matin, c’est au lever du soleil à 4h45, que nous sommes partis effectuer le tour de l’île. Dans nos embarcations, nous étions entourés de nuées d’oiseaux, ne sachant plus où regarder ! Les stariques quittent leur nid à l’aube et n’y reviennent que tard le soir, à la tombée de la nuit. Ces allers/retours entre leur nid et leur site d’alimentation en mer, sont des moments forts pour leur observation, car de véritables essaims d’oiseaux évoluent dans le ciel, en formation. Un spectacle de la nature à ne rater sous aucun prétexte !

Magadan et son lourd passé

La ville russe de Magadan, capitale de la région autonome du même nom, se trouve au nord de la mer d’Okhotsk dans la baie de Nagayev. Construite à la fin des années 1920 par des prisonniers, la ville fut le point d’arrivée de plusieurs centaines de milliers de personnes, transportées par bateau depuis le port de Vladivkstok.

Les camps du Goulag

A l’époque, le régime de Staline estimait qu’il fallait occuper cette partie de la Russie située à plus de 5 900 km de Moscou et surtout y exploiter les richesses telles que l’or et l’argent. 800 000 personnes furent ainsi amenées ici et envoyées dans des camps de travaux forcés afin d’exploiter les mines de la région de la Kolyma et jusqu’en Tchoukotka, pour le compte de la compagnie minière Dalstroï. Selon les chiffres, 110 000 à 130 000 personnes perdirent la vie (dont 11 000 fusillées) dans ces camps où les températures minimales moyennes frisent avec les -20°C en hiver. La route qui relie Magadan à la région des mines d’or, est surnommée la route des os en raison du nombre de prisonniers qui y moururent lors de sa construction et dont les ossements furent incorporés dans la chaussée.

 

« Il triait la matière fécale avec un bâtonnet afin d’en extraire les grains de céréales qui n’avaient pas été digérés. J’ai croisé son regard, derrière ses lunettes. Alors il m’a dit en pleurant : Je ne suis plus un homme, ils ont fait de moi un animal. »

Récit de Pavel Galitsky, survivant d’un du Goulag proche de Magadan

 

Le masque de l’affliction

En juin 1996, une gigantesque sculpture appelée « Mask of Sorrow » (masque de la tristesse ou de l’affliction) fut inaugurée sur les hauteurs de la ville en mémoire des victimes du régime communiste. Deux idées furent présentées pour la réalisation de ce monument : une église martyrium sur l’emplacement du premier cimetière de Magadan et un monument laïc. C’est ce dernier projet présenté par le sculpteur russe Ernst Neizvestny, qui fut à l’époque retenu par Boris Eltsine. Cette structure en béton armé de quinze mètres de hauteur représente un visage humain. De son œil gauche s’échappe des larmes représentées par des visages de plus en plus petits, représentant la multiplicité infinie des douleurs infligées. L’œil droit est une fenêtre grillagée qui représente l’enfermement. Un escalier mène à l’intérieur vers un cachot d’isolement.

 

Aujourd’hui, nous avons pu visiter le musée de la ville, déambuler au pied du « Mask of Sorrow » et voir les premières habitations construites dans les années 1920. Tout cela ajouté aux commentaires d’Olga notre guide russe sur place, a rendu l’atmosphère pesante alors que nous évoluions dans les rues d’une ville très calme en ce dimanche matin. Seule la belle est colossale cathédrale orthodoxe accompagnée de son carillonnement, m’a remis un peu de baume au cœur devant la réalité de la folie des hommes…

 

Le phoque rubané

C’est lors de ce voyage en mer d’Okhotsk et plus particulièrement lorsque nous avons navigué dans les glaces, que j’ai eu l’occasion d’observer pour la première fois le phoque à rubans ou phoque rubané.
Ce très beau phoque au pelage noir pour le mâle et clair pour la femelle, est caractérisé par ces trois lignes blanches qui entourent la tête, les nageoires pectorales et l’ensemble de la partie arrière du corps. Cantonné au Pacifique nord, il se rencontre essentiellement dans les mers d’Okhotsk et de Béring, avec une population pour cette dernière estimée entre 90 000 et 140 000 individus. Les naissances s’échelonnent d’avril à mars, les femelles mettant bas sur de la banquise disloquée. Le reste de l’année le phoque à rubans est solitaire.
Son régime alimentaire est composé essentiellement de poissons, mais les jeunes s’alimentent surtout d’euphausiacés (krill par exemple) les deux premières années de leur existence. Suite à quoi ils vont adopter le régime alimentaire des adultes, composé également de pieuvres et de calamars.
Une belle rencontre dans les glaces en tout cas, qui rappelle celle de décembre dernier avec le phoque de Ross, toujours dans les glaces mais à l’opposé, en Antarctique.