L’île Campbell

Nous vous proposons ci-dessous une série d’articles sur l’île subantarctique néozélandaise Campbell. Découvrez l’histoire, la faune et la flore de cette île fabuleuse : uniques mégaherbes, impressionnant albatros royal du Sud, endémiques sarcelle et bécassine, expédition française du transit de Vénus en 1874…


Daisy où la belle histoire de la sarcelle de Campbell

Parmi les belles et émouvantes histoires naturelles, voici celle de la sarcelle de Campbell, dont nous souhaitons vous faire part aujourd’hui.
En 1810, année même de sa découverte, des chasseurs de phoques débarquent sur l’île Campbell. Avec leur arrivée, commença le massacre de milliers d’otaries pour l’exploitation de leur fourrure. Mais ce que les chasseurs ignoraient, c’est qu’ils avaient également initié le déclin de la population d’un petit canard endémique, appelé la sarcelle de Campbell (Anas nesiotis). En effet, dans les cales de leurs navires, les chasseurs importèrent malgré eux des rats qui rapidement colonisèrent l’ile et consommèrent œufs, poussins et parfois même oiseaux adultes.

En 1882, le premier spécimen de sarcelle de Campbell fut capturé par les marins d’un navire à la recherche de naufragés. Mais ce n’est en 1935 que l’oiseau fut décrit comme une espèce à part entière.
Un second spécimen fut capturé par des militaires positionnés sur l’île Campbell lors de la seconde guerre mondiale, et donné à un musée en Nouvelle-Zélande où il fut rangé dans une boite et « oublié ».
En 1976, une expédition scientifique néo-zélandaise découvre un autre individu sur l’île de la Dent, à l’ouest de l’île Campbell, que les rats n’avaient pu coloniser. Alors que la population est estimée à 25 couples seulement en 1984, une nouvelle expédition retourne sur la Dent pour chercher plusieurs individus de cette espèce, afin de tenter une reproduction en captivité dans le but de réintroduire l’animal sur l’île Campbell. Mais l’opération de reproduction, hélas, échoua.
En 1990, un autre groupe est capturé mais au cours des 3 années suivantes, les femelles ne pondirent aucun œuf et l’inquiétude sur le succès et le devenir de ce programme de conservation grandit.
Cependant, en 1994 la femelle Daisy pondit 3 œufs qui donnèrent 2 poussins. Ce fut là, le début des premières naissances et reproductions réussies en captivité.

Le nombre d’oiseaux captifs augmentant et afin de tester leur survie en milieu sauvage, 24 individus furent relâchés sur l’île Codfish au nord-ouest de l’île Stewart en Nouvelle-Zélande entre 1999 et 2000. Ils y vécurent visiblement très bien, s’y reproduisant même ! Ce fut là aussi la preuve, que sans prédateur introduit l’espèce se maintenait parfaitement.
Il restait cependant une dernière étape, de taille, avant la réintroduction de la sarcelle dans son milieu naturel : la dératisation de l’île. Un ambitieux programme débuta en 2001. Il mobilisa 5 hélicoptères, 21 personnes et couta 16 millions d’euros. Première du genre dans une île subantarctique, l’opération s’avéra efficace, puisqu’en 2006 après une inspection minutieuse à l’aide de chiens spécialement entrainés et autres méthodes de détection, l’île Campbell fut déclarée « zone sans rats ».

La réintroduction de la sarcelle de Campbell pouvait alors commencer. Un premier lâcher de 50 oiseaux transportés depuis l’île de Codfish eut lieu en septembre 2004, suivi par un second lâcher en 2005 de 55 individus. Un an plus tard, en janvier 2006 des canetons furent observés pour la première fois. La reproduction fructueuse de cette espèce, sa dispersion sur l’île et sa survie, furent donc un succès et par conséquent le programme d’élevage en captivité s’arrêta.

Daisy décéda le 13 octobre 2002. Toutes les sarcelles actuellement présentes sur l’île Campbell sont les descendants de cette femelle, qui aura permis, aidée par des personnes passionnées et motivées, le retour de l’espèce dans l’archipel.

Vous pouvez donc imaginez notre plaisir aujourd’hui, à quelques mètres de l’un des sites de réintroduction de l’espèce sur l’île Campbell, de partager de longues minutes avec l’une de ces sarcelles, venue tout proche, jusqu’à nous mordiller les doigts !

Encore une belle leçon de vie…

L’albatros royal de l’île Campbell

Je dois bel et bien me rendre à l’évidence et avouer que ce que je viens de voir de mes propres yeux aujourd’hui est tout simplement à « classer » dans les des plus belles choses que j’ai pu observer dans ma vie de naturaliste. Certes il y a la rencontre en 2005 avec les manchots empereurs, ou encore celle avec l’ours polaire du grand Nord, mais je rajouterai dans mon « top 3 » (s’il devait y en avoir un), les scènes auxquelles j’ai pu assister aujourd’hui pendant cinq longues heures, mais il faut que je vous présente le contexte.

Depuis le niveau de la mer, un caillebotis zigzagant dans la végétation vous emmène jusqu’à un col situé à environ 200 mètres d’altitude. Là, vous vous arrêtez, sortez du chemin et vous asseyez dans de la végétation composée de coussin de mousses, de lichens et de tussoc. Vous êtes également entouré de superbes lys de Ross d’un jaune éclatant. De ce site, vous avez une vue à 180° avec en fond, le fjord d’où vous êtes parti et tout autour, les sommets culminants à quelques centaines de mètres de l’île Campbell. Vous avez prévu de restez de longues heures, puisque vous accompagnent, un bon piquenique, de l’eau et l’inévitable tablette de chocolat (bio bien sûr). Devant vous, se trouve à environ une dizaine de mètres, un bel oiseau tout de blanc et noir vêtu, qui avec ses 3,40 m d’envergure et un poids compris entre 6 et 12 kg, est l’un des oiseaux les plus grands au monde. Il s’agit de l’albatros royal du Sud. Ce grand voilier, passe 90% de sa vie à errer en vol au-dessus des océans de l’hémisphère Sud, ne revenant à terre que pour se reproduire environ une fois tous les deux ans.
C’est cet oiseau, ou plus justement un couple que j’ai eu là, juste devant moi et qui entamèrent cette fameuse danse des albatros composée de papouilles, claquements de bec, attentions en tout genre qui s’est au fil des années perfectionnée, peaufinée, parfaitement synchronisée, pour aboutir à une mise en couple à vie de deux adultes.

Se furent des scènes incroyables qui défilèrent devant mes yeux ! Je redescendis en fin d’après-midi de mon petit nuage, pardon du col et en rentrant je glissa à mon chef d’expédition, que je n’imaginais que quelque chose de ce genre puisse exister dans le règne animal et pourtant…
EXCELLENTE ANNEE 2012 à toutes et à tous !