Géorgie du Sud

Nous vous proposons ci-dessous, une série d’articles sur la fabuleuse île de Géorgie du Sud. Découvrez les manchots royaux, les anciennes stations baleinières, les somptueux paysages et l’écosystème unique de cette île subantarctique !


 

Des manchots royaux primés

Les résultats du concours photos Emotion’Ailes organisé dans le cadre du Festival Nature Namur 2011 sont tombés ce weekend. Parmi 2299 images et 310 photographes participants, les manchots royaux de la colonie de Saint Andrews Bay en Géorgie du Sud, ont remporté le premier prix de la catégorie « graphisme ».
C’est donc tout naturellement que je dédie cette reconnaissance aux 400 000 manchots de cette belle et impressionnante colonie devant laquelle l’émotion me gagne chaque année lorsque je m’y rends.
Je profite également de cette nouvelle pour vous recommander vivement ce grand rendez-vous de la nature qui a lieu chaque année en Belgique. Je garde un souvenir ému et enchanté de mon passage à l’automne 2009 à Namur lors de la présentation de mon exposition photos. Alors à vos agendas !

Prion Island

C’est au nord-ouest de la Géorgie du Sud, dans la Baie des Iles que se situe Prion Island (l’île aux prions en français). Cette petite île d’1 km de long pour 500 m de large et couverte de tussoc et bordée presque exclusivement de falaises. Mais la richesse de cette île provient du fait qu’elle fait partie des rares zones de la Géorgie du Sud, où les rats ne sont pas présents. C’est donc un paradis pour les amoureux de la nature puisqu’y nichent le pétrel à menton blanc, le pétrel plongeur, le pétrel géant sub-antarctique, le prion antarctique, le canard de Géorgie du sud, le manchot papou et l’albatros fuligineux à dos clair. Deux espèces emblématiques sont également nicheuses ici ; le pipit de Géorgie du Sud et l’albatros hurleur. Soixante couples de ce géant des mers, étroitement surveillés et étudiés par les britanniques, nichent sur Prion Island. Un permis est d’ailleurs nécessaire pour accéder à cette île et une fois à terre, il faut emprunter le sentier balisé et n’en sortir en aucun cas afin d’éviter les dommages sur la flore et par conséquent sur les sites de reproduction potentiels des oiseaux. Du point culminant de l’île à 50 m d’altitude, la vue est imprenable sur les montagnes de la Géorgie du Sud, rendant ce petit bijou faunistique tout simplement magique !

Délicieux Gold Harbour

Ce sixième passage à Gold Harbour fut encore un grand moment ! J’avais déjà évoqué ce site magnifique la saison dernière à la même époque, mais là, à la différence des fois précédentes, nous avons débarqué en début de soirée. En plus de cet amphithéâtre de falaises et hautes montagnes surplombé par le glacier suspendu Bertrab, nous avons bénéficié d’une lumière extraordinaire venant du soleil couchant caché par un nuage. C’est alors un Gold Harbour tout entier qui s’est révélé sous son plus beau visage, illuminant la colonie de milliers de manchots royaux, créant des reflets ocres sur le sable lors du retrait des vagues, rougissant l’unique nuage dans le ciel… L’un d’entre nous contemplait les arcs en ciel panachant l’écume au sommet des vagues, d’autres étaient assis dans le sable les yeux dans le vide au milieu des éléphants de mer, otaries à fourrure et autres manchots. Nous sommes rentrés à bord du navire aux alentours de 21 heures en se promettant d’y retourner l’année prochaine, non plus en pleine journée comme d’habitude, mais en soirée pour profiter de ce délice…
Je profite également de cet article pour vous souhaiter une excellente année 2010 !

22° et 271 km/h

Tempête dans l'océan AustralLe vent était annoncé hier soir, d’où le fait que nous nous mettions à l’abri dans la baie de Cumberland à proximité de la station baleinière de Grytviken. Peu à peu, le vent a augmenté et à minuit, une terrible rafale s’est abattue sur la baie, faisant essuyer au navire une gîte de 22° par rapport au plan horizontal de la mer.

Les yeux fixés sur l’anémomètre, l’équipage à la passerelle a vu le chiffre monter et monter encore pour atteindre 158 nœuds soit 271 km/h !! Dans mon lit, je me sens soulevé, tout tombe et se décroche, les placards s’ouvrent et je glisse pour venir cogner le bureau avec l’ensemble du lit qui s’est déplacé de plus d’un mètre de son emplacement d’origine dans la cabine.

Le commandant annonce que la situation est sous contrôle. L’équipe d’expédition est elle invitée avec une partie de l’équipage, à ranger un peu le navire.

Nous retournons nous coucher, il est une heure du matin. Celles et ceux qui voulaient connaître le vent catabatique, s’en souviendront…

La Géorgie du Sud et ses rats

Dans mon article précédent, j’évoquais cette période sombre de la Géorgie du Sud avec dans un premier temps la chasse aux phoques, puis celle des baleines. Ces chasses ont non seulement eu pour conséquence la quasi disparition de certaines espèces de baleines, mais également l’introduction des rats de façon totalement involontaire. En effet, dès le début du vingtième siècle, ces rongeurs se sont peu à peu installés en Géorgie du Sud arrivant avec les bateaux, les hommes et le matériel. Bien évidemment, les rats se sont rapidement multipliés bénéficiant des restes de l’exploitation des baleines (graisse, peau, os…) mais également d’un habitat propice (logements des baleiniers, hangars, usines, eau douce, plantes riches en vitamines…).

Au milieu du vingtième siècle, les stations baleinières ferment une à une devant la raréfaction des prises. A partir de ce moment-là, les rats doivent trouver une nouvelle source d’alimentation ; ils s’éloignent peu à peu des quartiers occupés par les hommes pour se retrouver dans un milieu totalement différent. Ils arriveront finalement à s’y adapter grâce à la flore et la faune locale. En effet, cette végétation dense qu’est le tussock, leur fournit un habitat idéal, et en guise de nourriture, ils profitent des nombreux œufs et poussins d’oiseaux qui nichent dans des terriers ou au ras du sol, sans compter en plus, la présence d’eau douce. Leur développement se fait rapidement au détriment de certaines populations d’oiseaux qui elles décroissent. Les rats consomment également le tussock car ils y trouvent au cœur de la tige un apport en sucre conséquent. Cette problématique des rats se retrouvent également dans la plupart des iles sub-antarctiques (Kerguelen, Macquarie, Heard…) qui grâce à des opérations de dératisation commencent à recouvrer leur écosystème initial, mais les soucis posés par ces espèces invasives sont loin d’être réglés.

La première carte ci-dessous montre l’aire de répartition du rat noir en Géorgie du Sud et la seconde, celle du Pipit de Géorgie du Sud, un petit oiseau endémique de l’île qui niche lui aussi dans le tussock. On remarque facilement que ces deux aires ne se recoupent absolument pas, les rats étant répartis au Nord de l’île là où les stations baleinières étaient implantées, alors que le pipit auparavant présent aussi dans ces zones, se trouve maintenant localisé au sud ou sur des iles, hors de portée des rats. Mais pourquoi les rats se trouvent-ils au nord et le pipit au sud ? Et bien tout simplement par ce que la Géorgie du Sud est recouverte à 55% de glaciers notamment en son centre. Les rats sont parfaitement incapables de franchir ces glaciers pour passer sur la côte sud. Ils forment donc une barrière naturelle permettant au pipit mais également à d’autres oiseaux, de bénéficier de zones vierges de rats. Il est bien évident que si les glaciers venaient à reculer ou disparaitre, cette barrière s’estomperait permettant la colonisation par les rats de ces zones encore vierges. Le gouvernement britannique aidé par des donations, mène depuis quelques années des opérations de dératisations afin de tenter de limiter le développement des rats qui, une fois encore, payent les erreurs de l’homme.

Mise à jour de novembre 2016 : à ce jour, les opérations de dératisation de l’île sont terminées. La phase 4 du plan de gestion consiste à présent à surveiller l’île, afin d’être sûr que plus aucun rat n’est observé.

Carte de répartition du Rat noir en Géorgie du Sud

Carte de répartition du Pipit de Géorgie du Sud

La Géorgie du Sud et son histoire

La Géorgie du Sud, voilà un nom qui dans le milieu polaire laisse rêveur. Je crois que quinconque a fréquenté cette île n’en revient jamais indemne. Située à 2 150 kms à l’Est de la Terre de Feu, et à 1 300 kms au Nord Est de la Péninsule Antarctique, la Géorgie a été découverte par un marchand anglais du 17ème siècle alors que celui-ci remontait d’un voyage commercial entre le Chili et l’Europe. Pris dans une tempête, son navire arriva par hasard sur cette île. Celle-ci sera définitivement connue grâce au navigateur anglais James Cook, qui lors du second de ses trois voyages à la recherche de l’Antarctique, prend possession de ce territoire en janvier 1775, qu’il nomme Géorgie en hommage au roi George III du Royaume-Uni.
Dans son journal de bord Cook, relate des Otaries à fourrure en abondance, c’est la phrase de trop ; dès 1786, anglais et américains se lancent vers cet eldorado et massacrent en grande quantité. Au cours de la saison 1800-1801 par exemple, un navire américain ramena 51 000 fourrures de sa campagne de chasse, mais chose importante, il n’était que l’un des dix sept navires opérant dans la région ! La chasse s’arrêta d’elle même du fait de la raréfaction des otaries.

A la suite de cette chasse, les allemands installent une base de recherche à Royal Bay dans le cadre de la première année polaire internationale de 1882-1883, c’est le début de la recherche scientifique en Géorgie du Sud. On retrouve alors des noms bien connus dans le milieu polaire : le russe Bellingshausen qui cartographie les côtes ou encore le britannique James Weddell, qui mènera des travaux de sismologie. En 1902, une expédition suédoise avec comme commandant de navire Carl Anton Larsen, remarque de nombreuses baleines autour de la Géorgie du Sud. Il se dit aussi que la Baie de Grytviken serait un endroit idéal pour y installer une station baleinière. C’est ainsi que commence la seconde période sombre de cette île, puisque 175 000 baleines seront tuées ; la limite de ce massacre étant la capacité de stockage des stations baleinières. Au plus fort de l’exploitation baleinière, sept stations furent opérationnelles : Grytviken, Husvik, Stromness, Leith Harbour, Prince Olav Harbour, Gothul et Ocean Harbour ! Une fois de plus, la mer est « vidée » de ses baleines et la chasse s’arrête peu à peu.

Petit à petit, les anglais prennent conscience de la richesse de la Géorgie du Sud et de leurs erreurs du passé. Ils prennent alors la décision de mieux la connaître et de l’étudier. En 1969, une base de recherche est installée à King Eward Point à proximité de l’ancienne station baleinière de Grytviken. Mais au cours de la guerre de Malouines, les anglais doivent se rendre avant que leurs militaires ne reprennent le contrôle de la base. Depuis 1985, les Iles Sandwich du Sud et la Géorgie du Sud sont un territoire d’outre-mer britannique. Il y a donc un officier du gouvernement basé à Stanley aux Malouines et en été à King Edward Point, c’est lui qui a autorité sur le tourisme, la pêche, les opérations scientifiques…