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La base coréenne Jang Bogo

Après cinq années d’investigation, la Corée a finalement choisi la baie Terra Nova en mer de Ross pour la construction de sa nouvelle base scientifique, baptisée Jang Bogo en l’honneur du militaire et navigateur du VIIIème siècle.

C’est à la fin de l’année 2012, que le premier trajet d’acheminement de matériel depuis la Corée vers le site d’implantation de la future base eu lieu. Un cargo et le brise glace Araon furent nécessaires deux étés durant pour acheminer tout le matériel et le personnel.

C’est le 12 février 2014 que la base est officiellement inaugurée quelques semaines avant le premier hivernage. D’une capacité totale de 60 personnes, Jang Bogo n’en accueille qu’une quinzaine en hiver. La construction de cette base ultra moderne, répond aux contraintes environnementales qu’impose l’Antarctique: bâtiment principal monté sur pilotis pour limiter la prise au vent et les pertes de chaleur, architecture et matériaux limitant les dommages crées par le vent, la neige et la glace, insonorisation des cloisons… La construction d’une base à notre époque permet aussi de répondre aux règles environnementales : station de traitement des eaux usées, installation de 170 panneaux solaires, éoliennes sans pales… Les équipement scientifiques ne sont pas en reste avec un compresseur pour les activités de plongée sous-marine, deux stations météorologiques, un laboratoire d’étude de la ionosphère et de l’atmosphère, des laboratoires de géophysique et d’étude de la chimie de l’atmosphère, un sismographe, un gravimètre, un marégraphe, un spectrophotomètre…
Jang Bogo est ainsi la seconde base de la Corée du Sud, après la construction sur l’île du Roi Georges dans les Shetlands du Sud de la base King Sejong inaugurée en 1988.

=> Site internet de KOPRI (Institut de recherche polaire coréen).

 

De l’émotion à la base Dumont d’Urville

Le premier voyage vers l’Antarctique de cette année 2016 nous a mené vers l’Est du continent, au sud de la Tasmanie. La baie du Commonwealth et la Terre Adélie étaient au programme pour ces quelques jours dans la région.
Le 23 janvier au réveil, nous sommes rapidement montés à la passerelle du navire et là, à quelques centaines de mètres, au sommet de l’île des Pétrels, se trouvait la base Dumont d’Urville. Une vision autant incroyable qu’improbable…

Le 11 février 2007, lorsque Samuel regardait la base Dumont d’Urville s’éloigner à l’horizon, il s’était fait à l’idée qu’il ne reviendrait sans doute jamais. Agnès elle, rêvait de fouler un jour cet endroit, sans peut-être plus y croire alors que les années passaient et pourtant…
Sur le ponton de la piste du Lion, Olivier le chef de district, Julien l’ornithologue et Jean-Jacques le gérant postal nous attendent; premières poignées de main et premiers rires. Après leur venue à bord du navire pour briefer les passagers sur le déroulement de la journée, nous voici sur l’île des Pétrels. La passerelle n’a pas changé ; raide au début, elle passe juste au-dessus des manchots Adélie. Grisou le manchot au dos gris est toujours là, sur le même nid, 10 ans plus tard ! La base approche. Nous sommes à présent devant le bâtiment principal et nombreux sont les passagers qui posent devant le buste de Dumont d’Urville. La porte du séjour s’ouvre… Le premier visage est, oh surprise, familier ! Il s’agit de Simon le plombier qui hiverna avec Samuel en 2006. Les premiers pas dans le séjour se font hésitant. Volonté de ne pas perturber le quotidien du personnel de la base ou impression de faire un bon dans le passé ? Les deux peut-être. Mais aussi pour Samuel l’impression de n’avoir jamais quitté cet endroit. Et pour Agnès, de le découvrir enfin en « 3D ». C’est alors qu’Olivier apporte une tarte au chocolat portant une bougie et sur laquelle est écrit: « De retour après 10 ans ». De simples mots qui touchent, alors que tout le monde entame un « Joyeux anniversaire… » La tarte à la main, la tête s’incline, l’émotion monte, les yeux rougissent, la bougie est soufflée.

Rodney, le chef d’expédition avec le grand cœur que nous lui connaissons, nous laisse à tous les deux une journée libre afin de profiter au maximum de ces moments. Olivier nous fait visiter la base, son bureau, les dortoirs, les laboratoires, la cabane historique Marret. Il nous invite également à déjeuner sur la base. Comment aurait-on pu refuser ? Les mêmes plats et couverts, le même vin australien, l’omelette du cuistot, les mêmes sons qui s’élèvent de la salle, les rires, la bonne humeur… On s’y croirait… Mais oui, nous sommes bien là ! Dans la bibliothèque un classeur avec les photos des missions est exposé. Comme par hasard, Simon l’a ouvert à la page de la 56ème mission de 2006.
Rapide passage au laboratoire de biologie marine (Biomar). La porte à peine ouverte et déjà les odeurs familières. Qui a dit que le pétrel des neiges et le damier du Cap sentaient mauvais ? Ces odeurs qui marquent à vie, nous avaient pourtant manqué. Julien est là, derrière son ordinateur. Nous retiendrons son sourire et son accueil dans l’ancien bureau de Samuel. Au mur des photos qui n’ont pas bougé de place, avec les portraits des anciens biologistes, auxquelles sont venues s’ajouter de plus récentes. Malheureusement le temps passe vite, il vaut déjà quitter Biomar. Un appel radio nous convoque au dortoir été où Patrice nous a donné rendez-vous. Samuel et Rodney s’y rendent, mais Agnès doit se rendre à la gérance postale pour finaliser les comptes et régler les achats de timbres et de souvenirs des passagers. L’hélico arrive spécialement de Cap Prud’homme et Patrice en descend pour nous dire bonjour et échanger quelques mots.
Enfin tout le monde se retrouve au ponton de débarquement, il est temps de regagner le navire. Olivier est le dernier à lever la main en guise d’au revoir.
Le commandant lève l’ancre, nous quittons l’Antarctique et partons vers le Nord. Nous restons tous les deux sur le pont arrière, à regarder la base s’éloigner et disparaitre derrière un iceberg. L’émotion nous prend, les mots nous manquent…

Nous tenons à citer ici quelques personnes et à leur adresser un message personnel après cette visite à Dumont d’Urville :
Olivier, chef de district : merci pour la coordination et l’organisation de cette belle journée qui fut une réussite. Merci pour tes marques d’attention, la visite privée de la base et l’idée de la tarte… Merci aussi d’avoir sensibilisé le personnel de la base à notre visite et au tourisme en Antarctique en changeant peut-être quelques idées préconçues. Nous sommes heureux de cette journée, à la fois pour nous et pour les visiteurs qui nous accompagnaient, et qui ont été ravis de l’accueil qui leur a été réservé.
Julien, ornithologue : les oiseaux de l’archipel sont entre de très bonnes mains, aucun doute ! Merci pour ton accueil, ton sourire, ta spontanéité et ta sensibilité. Dommage que le temps nous ait manqué pour baguer ce poussin de labbe que tu avais « gardé pour nous »…
Simon, plombier : ton sourire en coin alors que nous franchissions la porte du séjour restera un beau souvenir. Merci pour les cadeaux et les attentions. Rendez-vous en France à la maison !
Alain, technicien : également hivernant de la mission de Samuel en 2006. Garde ton grand sourire, ça fait plaisir !
Anthony, technicien : merci pour l’accueil et ton enthousiasme à revoir un « ancien ».
Le pâtissier (désolé pour le prénom égaré) : une tarte au chocolat qui fut un régal, merci pour le geste.
Patrice : incroyable, malgré toutes tes responsabilités et ton travail, que tu aies pris le temps de faire cet aller-retour en hélicoptère depuis le continent pour nous dire quelques mots et nous serrer la pince (comme on dit). Merci beaucoup, nous étions très touchés !
Thierry : désolé de ne pas avoir eu de temps pour parler plus longuement, ravi de t’avoir recroisé !
Rodney, chef d’expédition : sans toi, nous n’aurions sans doute jamais remis les pieds à DDU. Merci de nous avoir fait confiance pour encadrer ce voyage et de nous avoir laissés profiter de cette journée.
Enfin, un grand merci à tout le personnel de la base qui a chamboulé son emploi du temps pour accueillir ces touristes d’un jour. Le soir même à bord, certains passagers nous ont confié que ce fut la meilleure journée de leur voyage.
Alors simplement M E R C I ! Nous n’oublierons pas ce 23 janvier 2016…

Samuel et Agnès

Cliquez ici pour visiter la base Dumont d’Urville à pied comme si vous y étiez…

L’ile du Roi George et ses bases

L’île du Roi George (King George Island) se situe dans les Shetlands du Sud, séparée d’une bonne centaine de kilomètres de la péninsule antarctique, par le Détroit de Bransfield. C’est sur cette île de 80 km de long pour 30 de large, nommée ainsi en l’honneur du Roi d’Angleterre George III, que se trouve une quinzaine de bases scientifiques. Mais pourquoi tant de bases sur une si petite surface ? A l’époque de la signature du traité sur l’Antarctique, il fallait que toute nation souhaitant signer ce traité puisse justifier d’une présence et d’activités en Antarctique. Pourquoi s’installer ici et pas ailleurs ? Tout simplement car les Shetlands du Sud se situent à moins de 1 000 km de la pointe de l’Amérique du Sud, soit la distance la plus courte entre un continent et l’Antarctique. L’accès est donc rapide ; 2 jours par la mer depuis l’Argentine ou 2 heures en avion depuis le Chili. Si de nos jours la plupart des bases ne servent qu’à affirmer une présence sur le grand continent blanc, certaines cependant effectuent des travaux de recherche conséquents. Les nations ayant des bases sur l’île du Roi George sont la Russie, la Pologne, le Brésil, le Chili, l’Argentine, la Colombie, l’Equateur, la Corée du Sud, la Chine, le Pérou et l’Uruguay.

La Chine en Antarctique

S’il n’est pas facile de trouver des informations sur l’histoire polaire chinoise, on peut cependant préciser que la première mission en Antarctique du pays a eu lieu en 1984. De cette expédition a découlé la construction de la première station de recherche chinoise sur le continent ; la base Great Wall (Grande Muraille) installée en 1985 sur l’Ile du Roi George en péninsule Antarctique (localiser sur une carte). Cette base accueille environ 80 personnes en été et une quarantaine en hiver.

En 1989, la Chine créé son institut de la recherche polaire, qui a pour mission non seulement de mettre à disposition de la communauté scientifique ses infrastructures (bases, navire, matériel…) aussi bien en Arctique qu’en Antarctique, mais également de coordonner la recherche polaire avec les autres nations. La même année, est installée la seconde station de recherche, la base Zhongshan située sur la cote Est de l’Antarctique (localiser sur une carte) à quelques pas de la base russe de Progress.

En 1994, la Chine se donne d’un formidable outil de recherche et de ravitaillement ; le brise-glace Xuelong (Dragon de neiges). Ce navire de 167 mètres de long pour 22 mètres de large, possède à son bord un centre de traitement de données, sept laboratoires (notamment biologie marine, chimie, géologie) d’une surface totale de 200 mètres carrés, un entrepôt d’échantillons et une salle de culture tous deux à basse température.

En 2005, des chercheurs chinois font leur premier voyage au Dôme Argus (Dôme A), le sommet le plus élevé de la calotte glaciaire à 4 093 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce voyage sera suivi en janvier 2008 par une expédition ayant pour but de préparer l’installation de la troisième base du pays sur ce même dôme. En février 2009, la base Kunlun est officiellement baptisée et opérationnelle.

Le 11 octobre 2009, le Xuelong quitte Shanghai pour un voyage de 182 jours, le plus long dans l’histoire des expéditions antarctiques chinoises avec, à son bord un équipage de 159 membres comprenant des scientifiques, des techniciens et des marins. Cette expédition a parcouru plus de 32 000 miles nautiques, menée à bien 59 missions de recherches et 21 missions logistiques. Le navire est rentré à son port d’attache le 10 avril dernier.

Base chinoise Kunlun en Antarctique

Base chinoise Kunlun en Antarctique

 

Vernadsky station

En 1947, les britanniques construisent sur l’Ile Winter, appartenant à l’archipel des Iles Argentine, la base F. En 1954 cette dernière ferme, c’est également l’année où de nouveaux travaux permettent la construction de ce qui allait devenir la base Faraday. En 1996, l’Ukraine reprend la charge de cette base afin de poursuivre des travaux scientifiques : météorologie, étude de l’atmosphère terrestre, champ magnétique, ozone, sismologie, glaciologie, biologie, écologie… Elle fut ainsi renommée Akademik Vernadsky en l’honneur de Vladimir Vernadsky (1863-1945), minéralogiste et chimiste russe. De nos jours, cette base est également utilisée en hiver par environ 12 à 15 personnes, dont la moitié est composée de scientifiques et l’autre des techniciens. La base comprend plusieurs bâtiments, dont le principal avec au rez-de-chaussée les logements, un vestiaire, la centrale électrique et le système de production d’eau. A l’étage se trouve un superbe salon/bar en bois, une bibliothèque, la salle à manger et la cuisine.

Cette station est d’une manière générale mieux connue pour deux raisons : sa production locale de vodka à base de sucre et de caramel (ce qui donne un excellent résultat), mais également son impressionnante collection de soutiens-gorge ! Il est en effet de tradition pour ces dames de passage (touristes ou scientifiques) d’y laisser ce « genre » d’objet… L’accueil fut très chaleureux en tout cas ce matin, tant et si bien que j’ai déjà hâte d’y revenir la semaine prochaine, d’autant plus que je n’ai pas encore tout vu… de la collection de soutiens-gorge !