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Naukan, le village oublié

Tout à l’Est de la Russie, au cap Dejnev, se trouvent les vestiges d’un village oublié: le village de Naukan.
Si ce site est connu pour être l’endroit le plus oriental du continent eurasiatique, il fut également pendant de nombreuses années, le lieu de résidence de l’une des communautés esquimau de Tchoukotka.
Environ 400 personnes vivaient dans ce village, réparties dans une soixantaine de yarangas et une vingtaine de maison en bois. L’endroit ne fut pas choisi par hasard par les esquimaux, puisque le détroit de Béring est un important lieu de migration des mammifères marins, dont ces chasseurs dépendaient.
En 1958, le régime soviétique décida de déplacer, ou devrait-on dire déporter ces familles, dans le but de mieux les « gérer » et les ravitailler.
Leur a-t-on seulement demandé s’ils en avaient besoin ? A-t-on pris le temps de réfléchir à la séparation des clans et des familles, par la suite tous dispersés en Tchoukotka ?
A Lavrentiya, village situé au sud du Cap Dejnev, Elisabetta, la directrice du musée, se souvient de Naukan, où elle a vécu jusqu’à l’âge de 6 ans. On y vivait heureux.

Aujourd’hui, du village il ne reste que les fondations en pierres des habitations de la petite communauté. Quelques objets, ainsi que des ossements de morses et de baleines, attestent un peu plus que la vie était bien présente ici.
Une atmosphère à la fois nostalgique et paisible règne en ce lieu, qui se souvient et retient la mémoire de ses habitants.

Le cap Dejnev

Toutes les « extrémités » de notre planète Terre, sont depuis la nuit des temps des endroits mythiques. Portes sur un autre monde pour certains, ouverture vers une autre civilisation ou sujets de légendes et de croyances pour d’autres. Nous pourrions citer par exemple le cap Nord et le cap Horn. Il y a de cela quelques jours, ce fut l’occasion de découvrir une de ces nombreuses « portes », à savoir la pointe à l’extrême Est du continent asiatique, marquant également le bout de la Russie : le cap Dejnev.
Celui-ci se trouve par 66°00.35’N 169°43.36’O (voir sur une carte) à moins de 90 kilomètres de l’Aslaka, visible d’ailleurs par beau temps, plus à l’Est. Les deux continents asiatique et nord-américain sont séparés par le détroit de Béring, nommé en hommage au navigateur danois Vitus Bering, envoyé dans ces eaux en aout 1728 par le Tsar Pierre le Grand, afin de savoir où l’Asie rejoint l’Amérique.

Le cap Dejnev a lui été nommé en référence au cosaque Semen Dejnev, qui fut vraisemblablement le premier occidental à naviguer dans le détroit de Béring et à contourner l’Asie en septembre 1648. L’expédition composée de 90 hommes, partie en juin de la même année à bord de 7 kochis (embarcations pouvant mesurer entre 10 et 25 mètres de long, construits en mélèze ou en pin et cabane de se soulever sous la pression de la banquise). Elle descendit la rivière Kolyma, suivi la côte nord de la Tchoukotka et doubla « un grand cap rocheux », plus tard baptisé Cap Dejnev. Malheureusement, le 20 septembre 1648 les trois navires « restants » de l’expédition (les autres ayant disparus en mer ou s’étant échoués sur la cote), firent face à une terrible tempête. Un kochi disparut dans l’immensité de la mer de Béring, alors que les deux autres dont celui de Dejnev, s’échouèrent quelque part au sujet de la rivière Anadyr.
Après plusieurs années dans passé dans cette région, Semen Dejnev fit la demande de pouvoir rentrer à Yakoutsk. Il y arriva en 1662 soit 14 années après son départ !! Il faudra attendre 1898, pour que Nicolas II, le dernier tsar, donne le nom de son découvreur au cap le plus oriental de l’Asie…

N’oublions pas que c’est également au cap Dejnev que se trouve le village oublié de Naukan