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Au cap Evans avant/après

La cabane de l’expédition britannique Terra Nova au cap Evans, est la plus grande des cabanes historiques de la région de la mer de Ross en Antarctique. 25 hommes y hivernèrent en 1911-1912 et 13 en 1912-1913.

Plusieurs éléments surprennent le visiteur qui pénètre dans cette cabane, tels le nombre impressionnant d’artéfacts, la taille du bâtiment, les outils, les boites de vivres, l’écurie ou encore les odeurs. Les passionnés d’histoire polaire se remémoreront aussi des scènes bien connues, immortalisées par des photos de l’époque. Nous souhaitons ici partager trois d’entre elles, qui datent de 1911, en comparant les lieux avec des photos réalisées au même endroits plus d’un siècle plus tard, en 2016.

Plus d’un siècle plus tard, la cabane se dresse toujours au cap Evans après d’importants travaux de restauration. Sur ces images de 2016, les hommes de l’expédition manquent à l’appel… Mais toute personne qui franchit un jour la porte de cette cabane, se rend compte que cette pesante absence est toute relative, car les murs et les objets murmurent toujours… Ils vous racontent l’histoire de cette cabane et de ces hommes au pied du mont Erebus.

Avant / Après

Organisation des couchettes d’une partie des hommes de l’expédition. De gauche à droite et de haut en bas : Apsley Cherry-Garrard, Henry Bowers, Lawrence Oates, Cecil Meares et Edward Atkinson.

Photo du 9 octobre 1911.

 

Robert Falcon Scott est assis sur son lit en train d’écrire tout en fumant sa pipe.

Photo du 7 octobre 1911.

 

 

Une partie des hommes assis autour de la table principale, en train de travailler.

Photo du 8 juin 1911.

Dans la cabane de Scott au cap Evans

Nous vous avions fait part l’an dernier de nos premiers pas dans la cabane de Shackleton au cap Royds. Nous nous étions également rendus dans les cabanes de Robert Falcon Scott au cap Evans et à Hut Point. Après être retourné une seconde fois dans ces cabanes cette année, nous ne résistons pas à l’envie de vous en faire part.
La troisième expédition britannique en Antarctique du XXème siècle, eu lieu entre 1910 et 1913. Dirigée par Robert Falcon Scott, elle avait des fins scientifiques et d’explorations géographiques. Mais le but principal de cette expédition tel que l’exprime Scott lui-même était « d’atteindre le pôle Sud et de garantir à l’Empire britannique l’honneur de cette première ».
Le navire acheté pour l’occasion est le Terra Nova (d’où le nom de l’expédition). Celui-ci appareille de Cardiff au Pays de Galles, le 15 juillet 1910, puis quitte le port de Lyttleton en Nouvelle-Zélande pour l’Antarctique le 26 novembre 1910 avec à son bord 34 chiens, 19 poneys, 3 véhicules motorisés, 30 tonnes de vivres, une cabane préfabriquée et 64 hommes choisi parmi plus de 7 000 candidats !
Le site choisi pour l’installation du camp de base principal est le cap Evans, baptisé ainsi en l’honneur d’Edward Evans, le commandant en second de l’expédition. Mi-janvier 1911, 9 jours après leur arrivée sur place, l’abri principal est utilisable à l’ouest de l’île Ross. Il s’agit d’une cabane de quinze mètres sur huit, construite en lattes de pin, dont les murs, le toit et le planché sont isolés par du caoutchouc, de la toile de jute et des algues séchées.
De cette cabane partirent différentes expéditions, dont celle vers le pôle Sud atteint le 17 janvier 1912, d’où Robert Falcon Scott, Edward Adrian Wilson, Lawrence Oates, Henry Robertson Bowers et Edgar Evans, ne revinrent jamais.
Le 22 juin 1911, Bowers et Apsley Cherry-Garrard accompagnent Wilson pour une mission de collecte d’œufs de manchots empereurs. Après un terrible périple en plein hiver avec des températures atteignant -60°C, ils sont de retour le 1er aout avec 3 œufs, les premiers collectés de l’histoire. De nombreux raids furent également organisés dans le but de mener des études géologiques, notamment dans les fameuses vallées sèches, mais aussi sur le mont Erebus dont la seconde ascension fut réalisée en décembre 1912.

A l’intérieur dans la vaste cabane, le temps semble s’être arrêté. Les laboratoires du photographe Herbert Ponting et du biologiste Edward Wilson, sont quasi intacts. Les lits, la vaisselle, les caisses de vivres sont toujours à leur place. On imagine aisément les silhouettes de ces hommes assis à la grande table, vacant à leurs occupations, les odeurs émanant du poêle et de la cuisine… Se tenir debout devant le lit de Scott, semble irréel… Le plus inexplicable, sont les sentiments que vous ressentez lorsque vous ressortez de cet endroit, en silence, comme sortant d’un lieu de culte. Devant la porte d’entrée, vous vous retournez pour lancer un dernier regard. A 20 km de là, le mont Erebus fume…

Le pire voyage au monde

Apsley Cherry-Garrard (1886-1959) est, à l’âge de 24 ans, le plus jeune membre de l’expédition antarctique Terra Nova basée au cap Evans, dirigée par Robert Falcon Scott. Il en revient déprimé, hanté par une douloureuse question : aurait-il pu tenter quelque chose pour sauver la vie de son chef d’expédition et de ses compagnons ? Dix ans après son retour, encouragé par son ami Bernard Shaw, il écrit Le pire voyage au monde, dans lequel il raconté également la terrible aventure vécue avec ses compagnons Wilson et Bowers, alors qu’ils se rendent vers le cap Crozier afin atteindre une colonie de manchots empereurs. Son récit vient d’être nommé «meilleur livre d’aventures de tous les temps » par les lecteurs de National Geographic.

Cet ouvrage traduit de l’anglais et publié par les Editions Paulsen, est vraiment exceptionnel de part le personnage, la qualité de narration, le contexte et l’aventure vécue par ces hommes à la limite de la survie. Il reste pour moi un témoignage poignant de ces personnalités qui ont écrit l’histoire polaire et bien plus encore…

 

« L’horreur des dix-neuf jours qu’il nous fallut pour faire le voyage du cap Evans au cap Crozier devrait être revécue pour être bien appréciée et seul un fou recommencerait une telle aventure ; il n’est pas possible de la décrire. Les deux semaines qui suivirent furent par comparaison une béatitude, non que les conditions se fussent améliorées – elles furent bien pires encore -, mais parce que nous étions endurcis. En ce qui me concerne, j’avais atteint un point de souffrance tel que je ne redoutais plus la mort pour peu qu’elle ne fît pas trop souffrir. Les gens qui parlent de l’héroïsme de ceux qui vont mourir ne savent pas de quoi il parlent, car il est facile de mourir : une dose de morphine, une crevasse accueillante, et le sommeil bienheureux. Le problème, c’est de continuer… »

« Nous, à partir du sixième jour de notre raid, nous commencions à considérer moins quarante-cinq degrés comme un luxe trop rare. »
Aspley Cherry-Garrard