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Dans la cabane de Scott au cap Evans

Nous vous avions fait part l’an dernier de nos premiers pas dans la cabane de Shackleton au cap Royds. Nous nous étions également rendus dans les cabanes de Robert Falcon Scott au cap Evans et à Hut Point. Après être retourné une seconde fois dans ces cabanes cette année, nous ne résistons pas à l’envie de vous en faire part.
La troisième expédition britannique en Antarctique du XXème siècle, eu lieu entre 1910 et 1913. Dirigée par Robert Falcon Scott, elle avait des fins scientifiques et d’explorations géographiques. Mais le but principal de cette expédition tel que l’exprime Scott lui-même était « d’atteindre le pôle Sud et de garantir à l’Empire britannique l’honneur de cette première ».
Le navire acheté pour l’occasion est le Terra Nova (d’où le nom de l’expédition). Celui-ci appareille de Cardiff au Pays de Galles, le 15 juillet 1910, puis quitte le port de Lyttleton en Nouvelle-Zélande pour l’Antarctique le 26 novembre 1910 avec à son bord 34 chiens, 19 poneys, 3 véhicules motorisés, 30 tonnes de vivres, une cabane préfabriquée et 64 hommes choisi parmi plus de 7 000 candidats !
Le site choisi pour l’installation du camp de base principal est le cap Evans, baptisé ainsi en l’honneur d’Edward Evans, le commandant en second de l’expédition. Mi-janvier 1911, 9 jours après leur arrivée sur place, l’abri principal est utilisable à l’ouest de l’île Ross. Il s’agit d’une cabane de quinze mètres sur huit, construite en lattes de pin, dont les murs, le toit et le planché sont isolés par du caoutchouc, de la toile de jute et des algues séchées.
De cette cabane partirent différentes expéditions, dont celle vers le pôle Sud atteint le 17 janvier 1912, d’où Robert Falcon Scott, Edward Adrian Wilson, Lawrence Oates, Henry Robertson Bowers et Edgar Evans, ne revinrent jamais.
Le 22 juin 1911, Bowers et Apsley Cherry-Garrard accompagnent Wilson pour une mission de collecte d’œufs de manchots empereurs. Après un terrible périple en plein hiver avec des températures atteignant -60°C, ils sont de retour le 1er aout avec 3 œufs, les premiers collectés de l’histoire. De nombreux raids furent également organisés dans le but de mener des études géologiques, notamment dans les fameuses vallées sèches, mais aussi sur le mont Erebus dont la seconde ascension fut réalisée en décembre 1912.

A l’intérieur dans la vaste cabane, le temps semble s’être arrêté. Les laboratoires du photographe Herbert Ponting et du biologiste Edward Wilson, sont quasi intacts. Les lits, la vaisselle, les caisses de vivres sont toujours à leur place. On imagine aisément les silhouettes de ces hommes assis à la grande table, vacant à leurs occupations, les odeurs émanant du poêle et de la cuisine… Se tenir debout devant le lit de Scott, semble irréel… Le plus inexplicable, sont les sentiments que vous ressentez lorsque vous ressortez de cet endroit, en silence, comme sortant d’un lieu de culte. Devant la porte d’entrée, vous vous retournez pour lancer un dernier regard. A 20 km de là, le mont Erebus fume…

Le mont Erebus, un vieux rêve

En continuant notre périple en mer de Ross, nous avons pu contempler de nos propres yeux, le seul volcan actif en Antarctique : le mont Erebus.

La découverte de James Clark Ross

Fin janvier 1841, alors que l’expédition britannique dirigée par James Clark Ross explore la mer du même nom et vient de quitter l’île Franklin, un gigantesque dôme blanc est repéré. Ce fantastique paysage qui apparut aux marins de l’Erebus et du Terror est décrit le 27 janvier 1841, par le chirurgien de l’Erebus, Robert McCormick : « toute la côte était parsemée d’époustouflants et splendides sommets couverts de neige, qui lorsque le soleil approchait l’horizon, reflétaient les plus brillantes et écarlates teintes jaunes d’or. Nous vîmes également un sombre nuage de fumée s’élevant du volcan, en une parfaite colonne verticale, d’un coté noire, de l’autre reflétant les couleurs du soleil. Ce fut un spectacle surpassant tout ce qu’il est possible d’imaginer… Nous ressentions un sentiment de crainte et d’impuissance, et en même temps, une incroyable émotion de pouvoir contempler le travail des mains du Créateur. »

Selon les dires de Ross, ce volcan culminant à 3794 m d’altitude, semblait alors très actif « émettant des flammes et de la fumée en grande profusion ». Il le baptisa mont Erebus en hommage à son navire. Un second volcan (3 230m), situé à quelques kilomètres de ce dernier, fut nommé Terror du nom du second navire.

A l’époque, les membres de l’expédition pensaient que l’Erebus était situé sur le continent Antarctique. En réalité, ce cône recouvert de glace est situé sur une île, attenante à la grande plateforme glacière de Ross et baptisée soixante ans plus tard île Ross, par Robert Falcon Scott dirigeant l’expédition britannique Discovery.

Erebus est la forme anglaise pour Erèbe, entité mythologique que les Grecs nommaient Erebos : les ténèbres qui, avec la Nuit, constituaient le Chaos originel.

Premières ascensions

La première ascension du mont Erebus fut effectuée en 1908, par des membres de l’expédition britannique Nimrod, dirigée par Ernest Shackleton. Le 5 mars, une équipe de six hommes menée par le géologue Edgeworth David et comprenant un certain Douglas Mawson, quitta la cabane du cap Royds qui faisait office de camp de base. Seuls cinq des six hommes arrivèrent au sommet du cratère, l’un d’entre eux ayant dû rester en arrière en raison d’une insensibilité croissante de ses doigts de pied. L’ascension dura quatre jours, auxquels il faut rajouter une journée complète sous la tente en raison du mauvais temps. Il ne leur fallu en revanche qu’une seule journée pour revenir au camp de base au cap Royds.

« Vers 10 heures du matin, le 10 mars, la caravane atteignit le sommet du cratère. Pour la première fois l’Erebus, peut-être la plus remarquable montagne du monde, était vaincue. » Ernest Shackleton

La seconde ascension de l’Erebus fut réalisée le 12 décembre 1912, par des membres de l’expédition Terra Nova dirigée par Robert Falcon Scott, partis du cap Evans.

La tragédie de 1979

L’Erebus est devenu (tristement) célèbre dans le monde entier en 1979, lors du terrible crash du DC-10 de Air New Zealand le 28 novembre, contre les pentes du volcan. 257 personnes perdirent la vie dans ce qui fût à l’époque la quatrième plus importante catastrophe aérienne au monde. Lors de notre voyage, certaines personnes d’origine néo-zélandaise nous accompagnant, évoquaient toujours la tragédie, se souvenant notamment des images à la télévision…

Pour nous, ce furent des instants magiques, lors de ces quelques jours en mer de Ross, que de partager avec ces personnes et d’autres, la vue de ce géant recouvert de son costume de glace et de neige !

Le saviez-vous ?

  • La lave de l’Erebus ne se retrouve nulle part ailleurs, sauf au mont Kilimanjaro
  • Ce volcan a la particularité de ne pas s’endormir entre deux éruptions, mais de rester en activité continuelle ou presque
  • Au contraire de la grande majorité des volcans de la planète, l’Erebus ne se trouve pas entre deux plaques tectoniques
  • Le mont Erebus est le sixième plus haut sommet d’Antarctique

⇒ Le site internet de l’observatoire du mont Erebus

L’histoire de la conquête du pôle sud

Vous le savez peut-être, l’année 2011 marque le centenaire de la conquête du pôle Sud. En effet, en décembre prochain, cela fera exactement 100 ans que les premiers hommes arrivèrent au pôle. Depuis un certain temps, j’avais pour projet de réaliser une synthèse des faits marquants de ces aventures vers le bout du monde. Aujourd’hui, après plusieurs jours (semaines) de recoupement d’informations, je suis en mesure de vous en faire part. Voici donc quelques faits historiques majeurs, de cette extraordinaire aventure dans laquelle les hommes se lancèrent ; celle d’arriver au point le plus au Sud de notre planète.

Scott et l’expédition britannique Discovery (1901-1904)

C’est Clements Markham, président de la Royal Geographical Society de 1893 à 1905, qui soumet le 5 janvier 1899 au lieutenant Robert Falcon Scott, l’idée d’une expédition nationale en Antarctique. Après de longues discussions, c’est finalement Scott qui assurera le commandement de l’expédition et le navire le Discovery (un trois-mâts en bois de 52,4 mètres de long dont la proue est renforcée par une couverture d’acier) part pour l’Antarctique le 31 juillet 1901. Le 3 février 1902, le navire jette l’ancre dans le détroit de McMurdo au Cap Hermitage dans la mer de Ross. Des dépôts de vivre sont organisés en septembre 1902, afin de mettre au point un raid en direction du célèbre pôle. Le 2 novembre 1902, Robert Falcon Scott, Edward Wilson et Ernest Shackleton, équipés de traîneaux tirés par des chiens, partent vers leur but. Le 30 décembre, l’expédition affiche 82°16′ Sud, le point le plus près du pôle jamais atteint. Mais les chiens s’épuisent, les hommes subissent la faim et le blizzard ; ils ne peuvent poursuivre plus loin, d’autant plus qu’il ne leur reste que 7 chiens sur les 19 du départ et Shackleton est atteint de scorbut. L’équipe est de retour au camp de base (Hut Point) le 3 février 1903, mais c’est seulement douze mois plus tard, le 16 février 1904 que le Discovery quitte l’Antarctique après avoir passé l’hiver prisonnier dans les glaces.

Robert Falcon Scott

Robert Falcon Scott

L’expédition Nimrod (1907-1909) sous la direction de Shackleton

Au retour de cette expédition, un homme va se montrer particulièrement déterminé à vouloir retourner en Antarctique : Ernest Shackleton. Il décide de monter sa propre expédition avec pour but affiché cette fois-ci : « Atteindre le pôle Sud géographique ». Après bien des déboires financiers, il achète finalement le Nimrod, qui quitte la Nouvelle-Zélande le 1er janvier 1908. Shackleton pense réutiliser la cabane de Hut Point utilisée par l’Expédition Discovery, mais la banquise lui en bloque l’accès ; il s’installe alors à 35 kilomètres au nord, au cap Royds. Quatre hommes dont Shackleton, Frank Wild, Jameson Adams et Eric Marshall entament le 19 octobre 1908 « Le grand voyage austral ». Mais les éléments, une fois de plus, ne jouent pas en leur faveur ; les poneys qu’ils ont choisis pour cette expédition meurent un à un et la nourriture se fait rare. A la latitude record de 88°23′ Sud, soit 180 kilomètres du point mythique, ils plantent l’Union Jack et font demi-tour. L’Angleterre les accueille triomphalement en juin 1909.

Ernest Shackleton et le Nimrod

Ernest Shackleton et le Nimrod

La Norvège dans le secret…

Il y aurait des pages entières à écrire sur l’histoire polaire norvégienne, mais s’il y a bien un homme qui s’en détache c’est Fridjof Nansen. Premier à avoir traversé la calotte glaciaire du Groenland en 1888, il a assis sa réputation en dérivant avec la banquise arctique en direction du pôle Nord à bord du Fram de 1893 à 1896. En 1900, Nansen reçoit la visite d’un autre norvégien Roald Amundsen, qui vient lui demander conseil pour sa tentative de traversée du passage du Nord-Ouest. En 1906, cette tentative est couronnée de succès et Nansen voit en Amundsen son digne successeur. Au cours d’une visite de courtoisie, le vétéran norvégien confie à son cadet, son souhait de vouloir aller en Antarctique, mais qu’étant donné son âge avancé, il préfèrerait qu’Amundsen y aille pour lui. Problème : Roald rêve du pôle Nord… Nansen accepte de l’aider en lui faisant un cadeau incroyable : son bateau le Fram avec lequel il a dérivé justement près du point mythique.

Le Fram

Le Fram

Roald Amundsen

Roald Amundsen

L’expédition partira en janvier 1910, mais au mois de septembre précédent, les journaux annoncent que le vieil ami d’Amundsen, le docteur Frédéric Cook, a atteint le pôle Nord le 21 avril 1908. Moins d’une semaine plus tard, le New York Times annonce de son côté que Robert Peary l’a touché le 6 avril 1909. Amundsen, effondré, se sent démotivé. Toutefois, son désespoir ne dure pas : car s’il n’a pas gagné au nord, il essaiera au sud. Il ne parlera de son projet à personne, même aux financiers qui l’ont aidé dans cette entreprise et encore moins à Nansen. Le 13 septembre, le Times de Londres annonce que Robert Falcon Scott prépare une expédition en Antarctique. Soudain, Amundsen se trouve engagé dans une course. Garder le secret devient encore plus important… Le 6 septembre, le Fram arrive à Madère pour être ravitaillé. C’est là qu’Amundsen dévoile son plan à son équipage : « J’ai l’intention de voguer vers le sud, de débarquer une équipe sur le continent austral et d’essayer d’atteindre le pôle Sud ». Personne ne fait défection, le seul homme à débarquer (comme prévu) est Léon, le frère d’Amundsen qui s’occupe de la logistique. Considérant que Scott est un concurrent mais pas un ennemi, il lui envoie alors un message « Nous permettons vous informer Fram va en Antarctique. Amundsen ».

L’expédition Terre Nova (1910-1913)

En 1904, Scott est promu capitaine et reprend alors l’exercice de sa profession après une courte interruption. En septembre 1909, il décide de monter une nouvelle expédition : la quête du pôle avec la volonté « d’assurer à l’Empire britannique l’honneur de cet exploit ». Le Discovery n’étant plus disponible, il choisit pour l’expédition la Terra Nova, baleinière à charbon construite en 1884. Début 1910, il teste des traîneaux à moteur qu’il a l’intention d’utiliser. Le transport sur la glace reste encore un problème délicat, mais l’Anglais, fidèle à la tradition de son pays, affirme que rien ne vaut les hommes pour tirer les traîneaux. Les poneys ou les moteurs, bien plus que les chiens, peuvent éventuellement devenir des solutions de remplacement. Le 4 janvier 1911, la Terra Nova s’approche de la cabane Discovery, mais le détroit est complètement gelé. Le nouvel emplacement pour le camp de base devient le cap Evans et rapidement des raids s’organisent pour effectuer des dépôts de vivres tout le long du parcours vers le pôle. L’hiver est mis à profit pour effectuer de nombreux travaux scientifiques, mais aussi préparer le matériel pour l’expédition finale.

Du coté norvégien

Il faut 4 mois au Fram pour atteindre depuis la Norvège la plate-forme glaciaire de Ross. Amundsen choisit d’ancrer le navire dans la baie des Baleines, le positionnant ainsi à cent kilomètres de moins du pôle, que Scott. Le lendemain de l’arrivée, le 16 janvier 1911, le débarquement du matériel commence. Pendant 3 semaines, 5 traîneaux tirés par 46 chiens et dirigés par 5 hommes feront la navette entre le bateau et la base (soit 3 kilomètres) transportant 10 tonnes de vivres par jour. Pendant ce temps, le charpentier supervise l’assemblage de la cabane préfabriquée ; le camp de base est alors appelé Framheim (la maison du Fram). Amundsen rend visite à Scott à son camp du Cap Evans, puis commencent les voyages pour établir les dépôts de vivre. En trois semaines, ils seront trois à être installés par 80°, 81° et 82° sud, à quelques 900 kilomètres du pôle et abriteront chacun une tonne et demi de vivres. Le 21 avril 1911, le soleil sombre, la longue nuit polaire commence, là encore mise à profit pour achever les derniers préparatifs.

La Norvège et l’Angleterre se lancent à l’assaut du pôle Sud

Quatre mois plus tard, le 24 août, le soleil réapparaît, il est temps de ressortir de nouveau le matériel. Coté norvégien, le 8 septembre 1911, 6 traîneaux tirés par 86 chiens dirigés par 8 hommes s’élancent vers le pôle, mais les conditions météo les font renoncer. Finalement le 19 octobre, Amundsen, Olav Bjaaland, Helmer Hanssen, Sverre Hassel et Oscar Wisting prennent le départ avec 4 traîneaux et 52 chiens. Le 4 novembre, ils atteignent le troisième et dernier dépôt par 82° sud. Le 8 décembre, ils dépassent le record austral de Shackleton de 88° 23′ sud. Le 14 décembre 1911, à 15h00, pour la première fois dans l’histoire, des hommes arrivent au pôle Sud. Amundsen et ses compagnons saisissent le drapeau norvégien dans leurs « cinq poings gelés et abîmés par les intempéries », et le plantent dans la neige. Amundsen baptisa ce plateau du nom du Roi Haakon en hommage à celui-ci. Ils dressèrent également une tente, qu’ils nommèrent Poleheim (la maison du pôle) où ils laissèrent un message pour Scott et le roi Haakon, au cas où ils périraient pendant le voyage de retour à Framheim.
Le 1er novembre 1911, c’est au tour de Scott et de son équipe de se lancer dans l’aventure avec 16 hommes (composant des équipes de soutien qui rentreront au fur et à mesure au camp de base), 10 poneys, 34 chiens, et 13 traîneaux ! Inadaptés à ce milieu, les poneys meurent un à un et les hommes affrontent des conditions difficiles. Le 4 janvier 1912, le point 87° 34′ sud est atteint. Scott annonce sa décision : cinq hommes (Scott, Henry Robertson Bowers, Edward Adrian Wilson, Edgar Evans et Lawrence Oates) continuent, les trois autres (Edward Evans, William Lashly et Thomas Crean) rentrent au camp de base. Le 9 janvier, ils dépassent à leur tour le point atteint par Shackleton. Le 12 janvier épuisé, Scott écrit « Cela va être une course très serrée » et le 15 janvier il rajoute ces mots prémonitoires « La seule possibilité effrayante serait la vue du drapeau norvégien précédant le nôtre ». Le lendemain, à 35 kilomètres du pôle, Bowers aperçoit une tache noire qui flotte, un drapeau de signalisation attaché à un support de traîneau. « Le pire est arrivé. Les Norvégiens sont les premiers au pôle… Tous les rêvent s’envolent. » Le mercredi 17 janvier 1912, arrivés au pôle, Scott est encore plus dépité : « Le pôle. Mais, dans des circonstances très différentes de celles que nous attendions… Grand dieu ! C’est un endroit terrifiant et horrible pour nous qui nous sommes efforcés de l’atteindre, sans avoir la récompense de la priorité. Maintenant, c’est la course du retour et une bataille désespérée. Je me demande si nous pourrions le faire.« 

Amundsen et Scott au Pôle Sud

Amundsen et Scott au Pôle Sud

Le retour

Les cinq norvégiens sont de retour à Framheim le 25 janvier 1912 avec 11 chiens d’attelage, après un périple de 2 824 kilomètres, parcourus en 94 jours (56 à l’aller, 38 au retour) soit une moyenne de 30 km par jour !
L’équipe de Scott, épuisée, déprimée et souffrant du froid et de la faim, entame son retour. Evans meurt dans son sommeil le 17 février et mi-mars, Oates les pieds gelés, atteint de gangrène sort de la tente alors qu’ils campent par -42°C. Il part dans le blizzard en disant « Je vais juste dehors, pour peut-être quelque temps. » Le 21 mars, ils ne sont plus que trois, à 18 kilomètres du dépôt de vivres suivant. Mais impossible d’avancer en raison du mauvais temps. Le 22 mars, ils n’ont plus de combustible. La dernière phrase du journal de Scott en date du 29 mars est ainsi libellée : « Nous nous en sortirons, mais nous nous affaiblissons, bien sûr, et la fin ne peut être loin. C’est épouvantable, je ne puis en écrire plus long. Pour l’amour de Dieu, occupez-vous des nôtres ». Huit mois plus tard, une équipe de secours retrouve les corps gelés de Scott, Wilson et Bowers.
La mort de l’équipe de Scott fit la une des journaux du monde entier. L’empire pleurait la mort d’un héros à une époque où les britanniques avaient besoin d’actes héroïques, à la veille de la Première Guerre mondiale. Amundsen déclara : « Je ne peux lire ce message de Scott sans émotion… Et penser que pendant que ces hommes courageux mouraient là-bas…, je faisais des conférences bien au chaud en Australie.« 

Richard Byrd et l’aérien

Il faudra attendre 1929 pour qu’un homme retourne au pôle Sud, mais cette fois-ci en avion ! C’est l’aviateur américain Richard Evelyn Byrd qui réussit ce survol le 29 novembre 1929. Cette aventure sera bien évidemment minutieusement préparée, sur le même principe que celle des précédentes expéditions terrestres, à savoir avec des dépôts de vivres et de carburant. Il faudra finalement 15 heures et 51 minutes pour que Byrd effectue cette boucle, du camp de base Little America, jusqu’au pôle, un parcours qui avait demandé 3 mois à Amundsen.
En 1939, le gouvernement américain, créé l’US Antarctic Service. Richard Byrd supervisera deux nouvelles expéditions en Antarctique, dont en 1946 l’opération Highjump, qui mobilisera 4 000 hommes, deux brises-glaces, un sous-marin, un navire radio, un porte-avion, deux ravitailleurs, un bateau citerne et un destroyer !! Le but : mener d’importantes expéditions scientifiques. Byrd prend part à une cinquième expédition à 67 ans, en dirigeant l’expédition Deep Freeze ; il s’agit d’édifier une piste aérienne dans le détroit de Mac-Murdo pour des gros porteurs, en vue d’établir une base permanente en plein pôle Sud. Le 31 octobre 1956, l’amiral George Dufek contrôleur des opérations, ainsi que 6 membres d’équipage, sont ainsi les premiers à accéder au pôle après Robert Falcon Scott et ses compagnons en 1912. La construction de la base américaine baptisée Amundsen-Scott est achevée en mars 1957 et le premier hivernage commence.

Les grandes dates à suivre

Pour la suite de l’histoire du pôle Sud, je vous propose une « simple » chronologie :
– 4 janvier 1958 : première expédition terrestre vers le pôle réussie avec des tracteurs Fergusson par le néo-zélandais Edmund Hillary participant à la Commonwealth Trans-Antarctic Expedition
– décembre 1968 : 12 japonais arrivent au pôle après un voyage depuis leur base de Syowa de près de 11 semaines
– novembre 1969 : Pam Young, Jean Pearson, Lois Jones, Eileen McSaveney, Kay Lindsay and Terry Tickhill, sont les premières femmes à mettre le pied au bout du monde, arrivant en avion depuis Mac Murdo
– 1975 : abandon de la base Amundsen-Scott en raison des congères et reconstruction quelques mètres plus loin
– 17 décembre 1980 : Ranulph Fiennes, Oliver Shepard et Charles R. Burton, atteignent la base Amundsen-Scott au cours de leur expédition Transglobe qui a pour but de faire un tour du monde en passant par les pôles
– janvier 1986 : 3 explorateurs britanniques achèvent leur marche sans assistance de 1 420 kilomètres vers le pôle en suivant la route de Scott de 1911/1912
– 1987 : les premiers touristes arrivent par avion et se posent au pôle
– 11 décembre 1989 : passage par le pôle de Jean-Louis Etienne et 5 autres personnes qui réalisent alors la plus grande traversée de l’Antarctique au cours de l’expédition Transantarctica. Dans la même année la troisième expédition traversant le continent blanc en passant par le pôle est dirigée par Reinhold Messner
– 17 janvier 1989 : les premières femmes à arriver au pôle Sud par voie terrestre sont Victoria Murden et Shirley Metz (j’ai eu le plaisir de rencontrer cette dernière en janvier 2009 et de fêter à ses cotés, le 20ème anniversaire de son exploit)

Sources bibliographiques :
Dictionnaire des Explorateurs des pôles – Michel d’Arcangues
Antarctique, la grande histoire des hommes à la découverte du continent blanc – Sélection du Reader’s Digest
Antarctique, le continent bleu – Editions Nathan
Explorations polaires – National Geographic
L’aventure des pôles – Sélection du Reader’s Digest
Site de The Antarctic Circle www.antarctic-circle.org
Site de la base Amundsen-Scott www.southpolestation.com
Site de United States Antarctic Program www.usap.gov
Site transpolair.free.fr
Site de Wikipédia fr.wikipedia.org
Site www.south-pole.com