Ours polaire

Découvrez ci-dessous des articles sur l’ours polaire…

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Histoire naturelle de l’île Wrangel

L’île Wrangel est située à près de 500 km au nord du cercle polaire Arctique, un peu plus de 600 km au nord-ouest du détroit de Béring, et environ 150 km au nord de la côte de la Tchoukotka en Russie. Il y a plus de 10000 ans, Wrangel n’était pas encore une île puisque celle-ci faisait partie intégrante du vaste « pont terrestre », appelé Béringie, qui reliait l’Alaska et la Sibérie orientale. Lors de la fonte des grandes calottes glaciaires du Nord de l’Amérique, le niveau des océans s’éleva de plus de 100 m, recouvrant une grande partie de la Béringie, et créant le détroit de Béring. Une petite portion de terre resta immergée au nord-ouest de celui-ci : l’île Wrangel.
Wrangel est l’une des rares terres du Grand Nord qui ne fut pas recouverte par une calotte glaciaire lors de la glaciation qui toucha la majeure partie de l’Arctique durant le Quaternaire. De plus, l’île ne fut jamais entièrement recouverte par les eaux lors des périodes de retrait des grandes calottes polaires. Par conséquent, le milieu naturel de l’ile et son évolution ne furent pas interrompu. Ces paysages, son écosystème et sa biodiversité sont donc uniques.

Plus de la moitié de l’île est caractérisée par de vastes plaines de toundra sèche et humide, notamment dans sa partie nord avec la région de la « toundra Academy ». Au-delà s’étend un paysage collinéen au relief très arrondi s’élevant jusqu’à 350 m d’altitude, mais également une zone alpine érodée dépassant 1000 m d’altitude dans la partie centrale de l’île. Les deux plus haut sommets, le mont Sovetskaya et le mont Visokaya culminent à 1093 et 1007 m. Ce relief est entrecoupé de nombreuses vallées, elles mêmes créées par un vaste réseaux de rivières. 1 400 d’entre elles s’écoulent sur plus d’1 km, dont 5 sur plus de 50 km. A ce vaste réseau hydraulique s’ajoute le nombre impressionnant de 900 lacs.

Les eaux bordant l’île sont peu profondes, à tel point que par endroits il y a moins de 10 m de profondeur à plus de 5 km de la côte ! Une grande partie de l’année, l’île Wrangel est intégralement cernée par la banquise et il est parfois difficile de l’approcher même à la fin du mois de juillet.

Le climat est de type polaire avec des hivers très froids et des été frais. La température minimale moyenne en hiver est de -28°C et la température maximale moyenne en été de 5°C. Ces températures peuvent considérablement varier entre la côte et l’intérieur de l’île, les collines et les vallées à l’abri du vent et de l’humidité créant des micro-climats aux conditions parfois plus clémentes.

Son histoire géologique et son climat, font donc de Wrangel l’île à la plus haute biodiversité dans le haut Arctique.

Concernant sa flore, 417 espèces et sous-espèces de plantes vasculaires (dont 23 endémiques), 330 espèces de mousses et 310 espèces de lichens ont été à ce jour recensées. Une telle diversité de plantes et d’endémisme ne se retrouve pas ailleurs dans l’Arctique. De plus, du fait d’une évolution ininterrompue par la glaciation ou la montée des eaux, le couvert végétal des vallées intérieures offre un aperçu de la toundra telle qu’elle existait déjà il y a plus de 10 000 ans.

Pour ce qui est de la faune, et en commençant par les plus petits – les invertébrés – citons les 31 espèces d’araignées, 58 espèces de coléoptères et 42 espèces de papillons répertoriées, ce qui est considérablement plus que dans tout autre milieu naturel de toundra dans l’Arctique.
Chez les vertébrés ailés, 62 espèces d’oiseaux viennent nicher chaque année à Wrangel, dont certaines pour lesquelles l’île représente le site de reproduction le plus septentrional. Parmi les espèces emblématiques qui y nichent, citons l’oie des neiges qui compose ici la plus grande colonie en Asie, avec 108 000 nids au cours de l’été 2015, un record ! Également le harfang des neiges, dont le nombre de nid est proche des 200 lors des bonnes années à lemmings. Les mammifères sont eux aussi bien représentés avec là encore des espèces mythiques du Grand Nord, tel l’ours polaire pour lequel historiquement les îles Wrangel et Herald (sa petite voisine), représentent une des plus hautes densités de tanières en Arctique. Dans les années 1990, plus de 300 tanières étaient ainsi dénombrées, mais ce nombre a depuis nettement diminué. De nombreux ours polaires viennent à terre en été lorsque la banquise commence à disparaître; il est ainsi parfois possible d’observer à distance pas moins d’une trentaine d’ours dans une seule journée ! Le renard arctique est également présent (environ 200 terriers), largement dépendant de la population des deux espèces de lemmings qui peuplent l’île. Le bœuf musqué est lui aussi l’un des sédentaires de Wrangel. Non natif, il a été réintroduit en 1975 et la population est de nos jours estimée à 800 individus. Le renne fut également introduit dans les années trente pour l’élevage, mais après l’arrêt de cette activité les animaux sont devenus sauvages.
Enfin, les mammifères marins sont également présents : une importante concentration de morses fréquentent Wrangel que se soit sur la banquise ou sur la terre ferme. Les eaux peu profondes bordant l’île sont également propices pour le phoque annelé, le phoque barbu et la baleine grise.

L’île Wrangel est aussi intéressante au niveau paléontologique. En effet, des restes de mammouths sont régulièrement retrouvés tels des dents ou des défenses. L’île serait d’ailleurs le dernier endroit où les mammouths auraient vécus, puisque des datations évoquent 3700 ans, d’autres seulement 2000 ans avant J.-C. ! Ces mammouths côtoyaient également le rhinocéros laineux, le cheval de Przewalski, le bison des steppes et bien d’autres espèces d’un autre temps…

La liste témoignant de la richesse de l’histoire naturelle de Wrangel et de sa place unique dans l’évolution de l’Arctique pourrait être encore longue ! Wrangel reçut un premier classement en réserve naturelle en 1976. La superficie de la réserve fut à deux reprises étendue et en juillet 2004 les îles Wrangel et Herald furent classées au patrimoine mondial de l’UNESCO.

=> Site internet de la réserve naturelle de l’île Wrangel.

Les ours polaire du 82° nord

Pour ce dernier voyage de la saison dans l’archipel du Svalbard, il a fallu aller chercher la banquise très haut, par plus de 82° de latitude nord, soit à moins de 900 kilomètres du pôle… Signe des temps, la banquise ne fut pas difficile à pénétrer pour le navire sur lequel nous étions et pire, elle était particulièrement morcelée sans présenter de zone de compression ou de glace pluriannuelle !

C’est par 82°50’N que nous avons pu observer une dizaine d’ours polaires dans des conditions fantastiques, alternant entre brouillard, ciel bleu et lumières du coucher du soleil. Les deux temps forts, furent cet ours mâle adulte venu se coucher devant nous, avant de se lancer dans des joutes cordiales avec un second individu venu le rejoindre. Plus tard, une femelle accompagnée de ses deux petits âgés de 8 mois, nous approchait à moins de 30 m avant de disparaitre dans le désert blanc.

Selon un modèle informatique récent, la banquise estivale dans l’océan Arctique pourrait disparaître dès l’été 2015 ! Les données sont alarmantes, puisque non seulement la banquise perd en superficie en moyenne sur les 30 dernières années, mais son volume se réduit également, ainsi que son âge (puis il y a de moins de moins de glace pluriannuelles dans le bassin arctique).
C’est avec une drôle de sensation et non sans une certaine émotion, que nous avons laissé derrière nous ces ours et cette banquise avant de redescendre vers le Sud. Verra-t-on encore ces vastes étendues gelées et leurs hôtes dans les prochaines années ?

Record de nage pour un ours polaire

Si mon article précédent évoquait une belle rencontre avec des ours polaires au Spitzberg, l’actualité scientifique me « pousse » à évoquer encore ce seigneur du grand Nord. L’ours polaire est connu pour être un excellent nageur, à tel point qu’il se retrouve souvent, dans la littérature scientifique classé dans les mammifères marins. Son nom latin en dit d’ailleurs un peu plus à son sujet : Ursus maritimus. Les études sur les déplacement de ces plantigrades sont de mieux en mieux documentées, ainsi une ourse avait par exemple nagé 74 km en une seule journée dans l’ouest de l’archipel du Svalbard !

Une récente étude menée par Steven C. Amstrup, chef scientifique du groupe international pour la conservation des ours polaires (Polar Bear International), donne d’autres chiffres pharaoniques. Une femelle aurait ainsi nagé 12 jours en ne faisant que quelques pauses, mais le chiffre qui a retenu toutes les attentions des scientifiques, est celui d’une ourse qui a ainsi parcouru en mer de Beaufort 687 km en eau libre et perdu 22% de son poids !!
Mais derrière ce chiffre incroyable, il faut bien y voir une évolution dramatique dans la biologie des ours. S’il semble nager aussi loin et longtemps, c’est que le support sur lequel l’ours se déplace habituellement à la recherche de sa nourriture, tend à se réduire considérablement. La banquise enregistre en effet, une nette diminution de sa superficie surtout dans l’arctique canadien, poussant les ours à toujours plus d’efforts. L’étude relate aussi le fait que cette ourse était suivie par son petit, mais qu’elle l’a perdu au cours de cette traversée. Cinq des onze femelles qui avaient un (ou deux) oursons ont également perdu leur(s) petit(s) au cours de longues nages de plus de 50 km. L’éternelle question qui demeure, est de savoir si les ours polaires s’adapteront suffisamment vite aux modifications de leur écosystème…

Mise à jour du 7 avril 2012 :
Les résultats de l’étude présentée ci-dessus, sont aujourd’hui critiqués par quelques scientifiques. Ceux-ci estiment en effet que si cette ourse a nagé si longtemps, c’est en raison du stress engendré par les nombreuses captures dont elle a été l’objet par les scientifiques…

Un face à face à Stasjonsøyane

C’est du Svalbard, destination inévitable pour l’observation des ours polaires, que je reviens. Ces dix jours à sillonner les fjords et les baies de l’archipel furent, sans surprise, riches en rencontres, lumières extraordinaires, glaces, et bien évidemment en émotions. Un des plus beaux moments pour moi, fut cette navigation dans les iles Stasjonsøyane à la « bifurcation » entre le Liefdefjord et le Woodfjord au nord du Spitzberg. Deux ours polaires erraient là, à la recherche de quelques œufs de sternes et d’eiders à se mettre sous la dent. En confiance, ils se rapprochèrent peu à peu pour finir à quelques mètres de nous, l’un d’eux s’asseyant même juste là, devant, pour nous regarder longuement. Inutile de le préciser, mais ce face à face fut émouvant, spectaculaire, fort… Après les avoir quitté, j’avais comme souvent l’impression de ne pas vraiment avoir vécu et vu ça de mes propres yeux et pourtant…

Je me souviens alors, une phrase de Michel Onfray : « L’ours conduit les âmes de ceux dont il croise le regard, à l’épicentre des mystères polaires. Toute mémoire élue s’en souvient probablement jusqu’à la tombe. »

 

L’ours polaire et sa banquise

Il n’aura fallu attendre que deux jours pour rencontrer mon premier ours polaire de la saison. Il faut dire que les conditions étaient idéales : navigation très au Nord près de Phippsøya (81°) dans l’archipel du Svalbard, bien loin de toutes zones habitées et beaucoup de plaques de banquise à la dérive. Et c’est alors que je venais de dire à Simon l’autre ornithologue « je pense que le premier ours sera pour aujourd’hui« , qu’il me répond tout en regardant dans ses jumelles « je crois que j’en ai un« . Cet individu de taille relativement conséquente, était en train de se déplacer sur son terrain de chasse favori : la banquise. Cet article est l’occasion pour moi de rappeler que ce grand prédateur de l’Arctique, utilise en effet se « support » pour se déplacer et errer dans les hautes latitudes du Nord. Mais c’est surtout sur la banquise qu’il surprend sa proie favorite : le phoque et notamment le phoque annelé qui semble représenter 94% des prises. Cependant la banquise arctique va mal : non seulement elle se réduit chaque année de plus en plus en été, mais son épaisseur est passée de 3 m en moyenne à 1,5 m au cours de ces trente dernières années. Comment l’ours, s’il ne fallait parler que de lui, va réagir ? On ne sait pas, mais déjà des signes d’une dégradation de sa situation sont visibles. En effet, la réduction de la banquise signifie moins de temps pour faire des réserves avant l’hiver, diminution des territoires de chasses, raréfaction des proies, hausse du cannibalisme.

En 2004, un cas de noyade d’une dizaine d’individus a été enregistré, ce qui est un comble pour un mammifère si bien adapté à ce milieu. La réduction de la banquise joue aussi un rôle dans la reproduction de l’espèce, si les femelles ne trouvent pas suffisamment de nourriture pendant la saison de reproduction, elle ne pourront pas avoir de petits. Les scientifiques estiment qu’une femelle de moins de 190 kg n’est pas apte à se reproduire, or ce chiffre est passé de 280 kg dans les années 1980 à 225 kg de nos jours. Pour les plus pessimistes, l’ours polaire pourrait disparaitre dans les 50 prochaines années, pour d’autres, il saura faire face à ce changement. Rencontrer l’ours reste un moment magique que je souhaite à nos enfants…

Un moment magique très bien résumé par Michel Onfray : « L’ours conduit les âmes de ceux dont il croise le regard, à l’épicentre des mystères polaires. Toute mémoire élue s’en souvient probablement jusqu’à la tombe.« 

Ours polaires

Il est 3h20 du matin ce dimanche 16 août. Alors que je dors profondément, un homme fait irruption dans ma cabine en criant « Whale and bears ! » (baleine et ours), puis repars aussitôt. J’ai vaguement reconnu la voix de Simon l’ornithologue anglais de l’équipe. Je m’habille à la hâte, et monte à la passerelle du bateau. Presque toute l’équipe d’expédition est là, l’excitation est à son comble, d’autant plus en effet que dans mes jumelles, je remarque au loin sur la côte, une baleine échouée avec ce qui semblent êtres des ours en train de manger. Nous décidons de mettre quatre zodiacs à l’eau pour tenter de nous approcher de la baleine sans effrayer les ours. A 4h00 nous partons en direction de la côte en approchant le plus lentement possible avec nos embarcations. Nous finissons par stopper les moteurs à moins de cent mètres de la baleine morte qui est échouée sur son flan gauche. Et là, le spectacle est saisissant ; deux ours dont une mère et son petit jouent dans l’eau, deux autres marchent sur la plage, enfin deux adultes se tiennent debout sur la baleine et sont en train de manger. On observe tout cela bouche bée à quelques mètres, et pour finir, le jeune qui était à terre rejoint le groupe à la nage, pour venir lui aussi manger la baleine. Quel spectacle entre deux lambeaux de viandes déchirés et les grognements sourds échangés par ces pachydermes ! Nous repartons aussi discrètement que nous étions venus, en nous disant que la semaine prochaine nous serons de nouveau à cet endroit et que cette fois, il y aura peut-être encore plus d’ours attirés par l’odeur de la carcasse. A suivre…