Pinnipèdes

Découvrez ci-dessous, une série d’articles sur le thème des pinnipèdes, ce groupe de mammifères marins semi-aquatiques aux pattes en forme de nageoires. Celui-ci comprend trois familles : otaridés (otaries et lions de mer), phocidés (phoques) et odobenidés (morse)…

Articles

20 millions d’oiseaux aux îles Yamskie

Au nord-est de la mer d’Okhotsk, se trouve un paradis de nature, haut en couleurs et abondamment peuplé. Il s’agit de l’archipel des iles Yamskie.
Imaginez de hautes falaises basaltiques, dont chaque vire est occupée par des milliers d’oiseaux (mouettes tridactyles, guillemots de Troïl, cormorans pélagiques…), chaque éboulis est l’habitat des macareux et des stariques, chaque piton rocheux est un poste potentiel de guet pour le pygargue de Steller

Les estimations parlent de 8 millions de stariques minuscules, et autant de stariques cristatelles, sans parler des stariques perroquets, guillemots à cou blanc… N’oublions pas non plus la plus grande colonie de lion de mer de Steller de la mer d’Okhotsk !! Ajoutez à cela la lumière du soleil couchant colorant les roches de teintes ocres et ces oiseaux qui évoluent à toutes les altitudes tels de véritables essaims ! Tous les ingrédients sont réunis pour de belles émotions. Les mots semblent bien dérisoires à décrire un tel instant…

Le phoque rubané

C’est lors de ce voyage en mer d’Okhotsk et plus particulièrement lorsque nous avons navigué dans les glaces, que j’ai eu l’occasion d’observer pour la première fois le phoque à rubans ou phoque rubané.
Ce très beau phoque au pelage noir pour le mâle et clair pour la femelle, est caractérisé par ces trois lignes blanches qui entourent la tête, les nageoires pectorales et l’ensemble de la partie arrière du corps. Cantonné au Pacifique nord, il se rencontre essentiellement dans les mers d’Okhotsk et de Béring, avec une population pour cette dernière estimée entre 90 000 et 140 000 individus. Les naissances s’échelonnent d’avril à mars, les femelles mettant bas sur de la banquise disloquée. Le reste de l’année le phoque à rubans est solitaire.
Son régime alimentaire est composé essentiellement de poissons, mais les jeunes s’alimentent surtout d’euphausiacés (krill par exemple) les deux premières années de leur existence. Suite à quoi ils vont adopter le régime alimentaire des adultes, composé également de pieuvres et de calamars.
Une belle rencontre dans les glaces en tout cas, qui rappelle celle de décembre dernier avec le phoque de Ross, toujours dans les glaces mais à l’opposé, en Antarctique.

Le phoque de Ross

C’est au cours de l’expédition britannique menée en Antarctique par James Clark Ross en 1840, que le phoque de Ross fut découvert. Avec une taille à l’âge adulte de 2 m et un poids de 170 à 190 kg, c’est le plus petit phoque de l’hémisphère Sud. Plusieurs critères permettent de l’identifier : ses yeux disproportionnés par rapport à son corps, laisse supposer qu’il plonge à de grandes profondeurs d’où son nom de genre qui commence par « omma » (Ommatophoca rossii) qui signifie « les yeux » en Grec. Un autre critère important sont les lignes plus ou moins visibles selon l’âge de l’individu, qui partent de la bouche et se terminent vers la base des nageoires pectorales. Ces dernières sont légèrement plus en avant du corps par rapport aux autres pinnipèdes de la région. Selon les ouvrages son aire de répartition est tantôt circumpolaire, tantôt localisée à la mer de Ross et de Weddell.

A vrai dire, c’est le phoque pour lequel les scientifiques ont le moins d’informations. En effet l’espèce semble être localisée à la banquise épaisse et solide, il est par conséquent particulièrement difficile d’approcher de son biotope pour l’étudier. Aujourd’hui, alors que nous naviguions par 63°Sud, un point noir sur la banquise a été repéré. En s’approchant doucement, il s’avère que c’est un phoque, mais impossible de l’identifier de manière certaine, puisqu’il nous tourne le dos. Les naturalistes et biologistes du bord se regardent avec des visages sur lesquels s’affichent l’incompréhension la plus totale. Ce phoque ne ressemble en rien à ce que nous connaissons : trop petit pour être un jeune léopard de mer, pas assez tacheté pour un phoque de Weddell, une tête qui ne s’apparente pas à celle d’un phoque crabier… Soudain il se retourne, nous sommes à 30 mètres, plus de doute : les lignes certes diffuses qui partent de sa bouche et des yeux vers l’arrière du corps, ainsi qu’une nette démarcation entre la couleur du corps et du ventre, confirment notre « tardive » identification. Il s’agit d’un phoque de Ross ! Incroyable, personne ici n’imaginait rencontrer ce phoque si loin de la banquise compacte (qui est à 200 km d’où nous sommes). Le chef d’expédition n’en revient pas lui même : le phoque le plus difficile à voir, sur lequel nous ne savons quasiment rien, et qu’il n’a aperçu que 4 fois alors qu’il vient ici depuis environ 25 ans, est là devant nous à quelques mètres et nous l’observons pendant 10 minutes !

Encore une belle et grande surprise réservée par l’océan austral alors que nous remontons vers le Nord.

Le léopard de mer

Au loin, sur le petit morceau de banquise dérivant, la silhouette ne trompe pas ; corps élancé, tête massive, large épaule, longues nageoires antérieures, couleur foncée… Il s’agit bien d’un léopard de mer ou phoque léopard.

La première description de l’espèce a été faite par Blainville en 1820 dans « Journal de physique de chimie », mais le nom de genre Hydrurga signifiant « travailleur de l’eau », n’a été proposé qu’en 1899. Les recherches scientifiques sur cette espèce, ont elles débutés seulement en 2003.
Les mensurations moyennes ne dépassent pas 3 m pour 300 kg. Les femelles sont généralement plus grosses que les mâles. La morphologie est très caractéristique : ce phoque est élancé, mince avec un profil bossu dû à son très grand thorax. La tête est très puissante est d’apparence reptilienne. Les coins de la bouche sont horizontaux. Cette dernière est grande, avec un long museau et une nette constriction au niveau du cou. Les membres antérieurs sont grands par rapport au reste du corps. Dans l’eau, Le léopard de mer tient souvent la tête hors de l’eau, son dos reste alors visible alors que son cou est immergé.

Les effectifs du phoque léopard sont (difficilement) estimés à 250 000 / 800 000 individus. Les adultes vivent plutôt dans les glaces dérivantes autour du continent antarctique, alors que les jeunes ont tendance à fréquenter les îles subantarctiques (rejoignant les côtes antarctiques entre 3 et 9 ans).

La maturité sexuelle est atteinte à l’âge de 3 ans chez le mâle et entre 2 et 6 ans pour la femelle. Les naissances ont lieu entre septembre et janvier avec un maximum en novembre-décembre. Après la mise-bas, les femelles et les jeunes restent isolés sur les glaces flottantes, tandis que les mâles sont à cette époque constamment dans l’eau.

Le léopard se nourrit d’une grande variété de proies (variables selon son âge, sa répartition, la période de l’année…). Il mange du krill (jusqu’à 50% de son régime alimentaire), des oiseaux marins et des phoques (pour 34% de son régime) et enfin poissons et calmars (15%). Les phoques qui subissent le plus sa prédation sont les phoques crabiers mais le phoque de Weddell, l’éléphant de mer et l’otarie antarctique sont aussi attaqués. Au moment de l’émancipation des jeunes manchots (surtout Adélie), le léopard de mer guette au pied des rochers d’où les oiseaux se jettent…

 

Le phoque crabier

En 1853, H. Jacquinot et J. Pucheran publiaient une description du phoque crabier désigné sous le nom de Lobodon carcinophaga, car en 1844 Gray avait créé le genre Lobodon. Ce nom de genre dérive du grec lobos : « lobe » et odus : « dent » en référence à la morphologie lobée de certaines de ces dents. Son nom spécifique provient également du grec karkinos signifiant « crabe » et phagein voulant dire « mangeur » car on croyait que ce pinnipède ne se nourrissait que de crabes, ce qui est totalement faux.

Le phoque crabier est le plus abondant des pinnipèdes du monde. On estime sa population à 13 millions d’individus, ce qui représente un chiffre supérieur à l’ensemble des autres espèces de phoques. Sa répartition s’étend tout autour du continent antarctique. On le trouve en très grand nombre au cours de l’été austral à l’ouest de la péninsule (Terre de Graham) et dans la partie sud de la mer de Ross.

Ce phoque peut mesurer jusqu’à 2,60 m et peser jusqu’à 225 kg. Les femelles sont généralement plus grosses que les mâles. Le corps est relativement svelte, élancé et de forme hydrodynamique. La tête arbore un museau allongé, légèrement pointé vers le haut ou en forme de groin, les coins de la bouche sont horizontaux. La fourrure est marron-blanc crémeux uniforme. L’animal est souvent couvert de cicatrices (sur environ 63% des individus) laissées par des attaques de léopard de mer.

Pour cette espèce monogame, la femelle commence à s’accoupler à l’âge de 3 ans, le mâle est mature entre 3 et 6 ans. La mise-bas a lieu principalement à la mi-octobre sur la glace dérivante au sein d’un territoire de 50 m de rayon défendu par le mâle. La période de lactation est très courte (4 semaines). L’accouplement a lieu au moment du sevrage, peut-être sur la glace.

L’âge maximum enregistré chez cette espèce est de 29 ans, mais on pense que la longévité pourrait atteindre au moins 35 ans. Les seuls prédateurs du Phoque crabier sont les Léopards de mer et surtout les Orques. Il a été exploité lors de la campagne de chasse aux phoques des Norvégiens en 1964. Actuellement, le phoque crabier ne subit aucune exploitation humaine, protégé notamment par la Convention pour la protection des phoques de l’Antarctique.

 

Puijila darwini, l’ancêtre des phoques

Une découverte importante a été faite dans le territoire du Nunavut en Arctique, puisque l’ancêtre des actuels Pinnipèdes a été découvert. Ce sous-ordre des Pinnipèdes regroupe trois familles de mammifères marins carnivores : les otaries, les morses et les phoques. Si les scientifiques savaient que ces animaux descendaient d’un ancêtre terrestre, ils n’avaient en revanche aucune idée au sujet de comment ce passage du milieu terrestre au milieu marin s’est effectué. La réponse va sans doute venir de la découverte de ces ossements mis au jour au Nunavut dans l’Arctique depuis 2007 par une équipe américano-canadienne, qui a retrouvé les restes d’un animal aux pattes palmées. Le squelette extrait à 65% est caractérisé par un crâne très similaire à celui d’un phoque et au corps semblable à celui d’une loutre. Cette découverte est considérée comme le chaînon manquant dans l’évolution de certains mammifères terrestres vers le milieu marin, théorie soutenue par Charles Darwin dans son livre L’origine des espèces. Cet animal a d’ailleurs été nommé Puijila darwini, Puijila signifiant jeune mammifère marin en inuktitut (un des quatre grands ensembles dialectaux de la langue inuit).