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Silence et toundra sans limite

Cet été, l’opportunité incroyable de traverser l’île Wrangel du Nord au Sud s’est présentée. Ce fut l’occasion unique de découvrir et contempler les paysages de l’intérieur de cette île extraordinaire.
Souvent à la fin d’un séjour, nous partageons oralement entre guides ce qui fut pour chacun d’entre nous, LE meilleur moment du voyage (s’il ne devait y en avoir qu’un). Nul doute que ce fut cette traversée de Wrangel. Le mot qui revient souvent à l’esprit pour qualifier celle-ci, est « infini ».

Au Nord, s’étend à l’infinie l’immense toundra de l’Akademy qui se déroule sur plus de quatre vingt kilomètres de long et occupe un tiers de l’île. Comment décrire cette vaste étendue parfaitement plate de végétation, au milieu de laquelle coulent des rivières ? Comment faire partager et ressentir ce sentiment d’espace sans fin, dont les limites se perdent à l’horizon ? De temps à autre, cette toundra s’anime avec quelques « points » noirs qui paissent tranquillement au loin. Ce sont les bœufs musqués, dont un mâle s’approchera à une cinquantaine de mètres de nous, avant de reprendre sa route, vers l’infini… Quand se ne sont pas les bœufs musqués, ce sont les renardeaux de l’année qui se chamaillent autour de leur tanière. Au moindre doute, ils disparaissent dans cette dernière, le calme reprend alors soudainement…

Et puis, le silence, assourdissant, presque pesant. Un silence sans frontière, sans limite. Vous percevez votre propre souffle, les battements de votre cœur… Les seules qui se permettent de rompre ce silence à l’occasion, sont les oies des neiges qui volent en formation vers leur lieu de départ de leur migration vers le continent américain. Puis le silence retombe, sur la toundra sans fin…

 

Astronomicheskaya, en lisière de taïga

Au fond de la baie Astronomicheskaya en péninsule de Koni au Nord de la mer d’Okhotsk, se trouve un petit havre de paix bien à l’abri des regards… La visite de la baie est déjà un régal puisque phoques et oiseaux (pygargue de Steller, harles, arlequins plongeurs, garrots…) y sont bien présents. Mais une visite à terre s’impose également… Lorsqu’on y déambule entre pins nains de Sibérie et mélèzes, on tombe ça et là sur une mésange boréale qui chante, un couple de buses pattues, des traces fraiches d’ours brun et de temps à autre le chant du coucou qui vient rompre le silence. Au sol, de nombreuses fleurs se font remarquer à celui qui prend le temps d’observer : fritillaire du Kamtchatka, baies, bruyère… Certains d’entre nous préfèreront évoluer dans la toundra à la découverte de la flore, alors que d’autre s’enfonceront dans la forêt boréale ou taïga en russe. Cette formation végétale est la plus grande forêt au monde, couvrant 10% de notre planète. Elle est essentiellement constituée de conifères (pins, mélèzes, épicéas), associée à des feuillus dont le bouleau, l’aulne, et le saule. Si vous pénétrez un jour dans la taïga, vous y rencontrerez le silence, associé à ce sentiment troublant que nous sommes bien petit dans tout cela…